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21/08/2015 12:29 EDT | Actualisé 21/08/2016 01:12 EDT

La Guinée-Bissau dans l'attente d'un nouveau gouvernement

Les Bissau-Guinéens attendaient vendredi la formation du gouvernement de leur nouveau Premier ministre Baciro Dja, dont la contestation par son propre parti, le PAIGC, majoritaire au Parlement, menace d'une poursuite de la crise politique dans ce pays instable d'Afrique de l'Ouest.

M. Dja, 39 ans, nommé jeudi par le président de la République José Mario Vaz, en remplacement de Domingos Simoes Pereira, a "commencé ses consultations depuis hier (jeudi) soir en vue de composer le plus rapidement possible une équipe à présenter au président", a affirmé à l'AFP une source dans son entourage.

Selon elle, le nouveau gouvernement pourrait être connu sous peu, "probablement demain (samedi)".

Après avoir été installé dans ses fonctions, jeudi après-midi, M. Dja avait promis d'"ouvrir un dialogue franc et sincère pour la recherche d'une solution concertée et durable pour la Guinée-Bissau".

A Bissau, la capitale, de nombreux habitants plaidaient pour un apaisement au sein de l'exécutif, redoutant que la crise politique ne dégénère en violences dans le pays, une ex-colonie portugaise ayant connu plusieurs coups d'État - réussis ou avortés - depuis son indépendance en 1974.

C'est le cas de Braima Seid, un fonctionnaire pour qui le pays doit "maintenant se mettre au travail". Selon lui, les Bissau-Guinéens ont "perdu énormément de temps, et inutilement", avec le bras de fer au sommet de l'État entre des protagonistes tous membres du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), formation historique majoritaire au Parlement.

Si MM. Vaz, Pereira et Dja sont tous trois membres du PAIGC, c'est M. Pereira qui le préside et qui a son soutien face au chef de l'État.

Le 12 août, M. Vaz - élu en mai 2014 - avait limogé M. Pereira, en poste depuis 14 mois, en arguant d'une "crise de confiance au sommet de l'État".

Selon leurs entourages, MM. Vaz et Pereira ne s'entendaient pas depuis plusieurs mois sur la manière de diriger le pays, dont la Constitution stipule que le poste de Premier ministre revient au chef du parti vainqueur des législatives.

Le PAIGC ayant obtenu la majorité en 2014 aux élections parlementaires - avec 57 députés sur 102 -, ces fonctions devraient donc être assumées par son président, M. Pereira, soulignent analystes et responsables politiques.

En nommant Baciro Dja, M. Vaz a, de fait, rejeté la proposition du PAIGC de reconduire Domingos Simoes Pereira à son poste. Cette nomination a été refusée par le parti, un de ses responsables la qualifiant de "coup d'État constitutionnel".

"La gestion des affaires de l'État implique une prise de décision qui ne plaît pas toujours", avait déclaré jeudi le chef de l'État, reconnaissant implicitement que son choix du nouveau Premier ministre était contesté, lors de la cérémonie d'investiture de M. Dja.

- Possible action judiciaire -

Depuis la destitution de M. Pereira, le PAIGC a multiplié les réunions en son sein et avec plusieurs interlocuteurs.

Vendredi après-midi, une rencontre a rassemblé à Bissau des responsables du PAIGC et ceux de partis d'opposition qui étaient représentés dans le précédent gouvernement. A l'issue de la rencontre, ces derniers se sont déclarés en faveur du respect de "la légalité constitutionnelle", selon une déclaration à la presse, en leur nom, de Florentino Mendes Pereira, du Parti de la rénovation sociale (PRS).

"Nous allons nous concerter sur les actions à mener pour que cette légalité constitutionnelle soit respectée", a-t-il dit, sans clairement se prononcer pour un camp.

Agnelo Regala, de l'Union pour le changement (UM, opposition), a indiqué à l'AFP qu'une action en justice n'était pas exclue "pour bloquer le nouveau gouvernement qui ne jouit d'aucune légitimité".

Selon une source parlementaire, le bureau de l'Assemblée nationale et des partis représentés au Parlement doivent se réunir prochainement "pour analyser la situation". Elle n'a pas fourni plus de détails.

La nomination d'un nouveau Premier ministre n'est pas l'épilogue de la crise politique en Guinée-Bissau, avait prévenu jeudi soir le juriste et analyste politique bissau-guinéen Fodé Mané.

Cela "ne suffit pas pour parler de fin de crise", car M. Dja devra "aller chercher sa légitimité dans un Parlement dominé par le PAIGC", avait-il souligné.

Vendredi, une coalition d'associations et de mouvements politiques, l'Alliance nationale pour la paix, la stabilité et la démocratie en Guinée-Bissau, a affirmé craindre pour la stabilité du pays si les pro-Vaz et pro-Pereira campaient sur leurs positions.

"Nous sommes dans une crise politique profonde qui pourra déboucher sur une guerre civile" si elle persiste, a déclaré le porte-parole de cette Alliance, Luis Vaz Marins.

A Bissau, des policiers procèdent depuis plusieurs jours à des patrouilles. Mais l'armée - qui a souvent joué un rôle prépondérant dans les troubles politiques dans le pays - n'était pas visible dans la ville.

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