POLITIQUE
21/08/2015 06:23 EDT | Actualisé 21/08/2015 06:24 EDT

Des libéraux s'attaquent à la campagne de Mélanie Joly

Radio-Canada

Des candidats à l'investiture libérale dans la circonscription d'Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, dénoncent ce qu'ils croient être des manoeuvres du parti pour favoriser la candidate vedette Mélanie Joly. Le Parti libéral du Canada se défend et tente de calmer le jeu, mais le vote prévu dimanche s'annonce serré et tendu.

Un reportage de Thomas Gerbet

« Tu ne devrais pas dire ça », grimace un conseiller en entendant les propos de son candidat à l'investiture libérale, Elie Kassissia. Durant toute l'entrevue, ce dernier a pris soin de ne pas critiquer Mélanie Joly, mais il n'a pu s'empêcher de lâcher ce qu'il a sur le coeur, à la fin : « Allez voir ce que sont devenus les candidats qui se sont désistés pour Mélanie Joly. Ils ont eu des postes au parti ».

Une autre candidate libérale soutient la même chose. Grace Batchoun montre du doigt Anthony Di Carlo et Norair Serengulian, qui ont abandonné la course au profit de la candidate vedette, dans les dernières semaines. « Il y a plein de choses bizarres qui se passent », dit-elle.

« Justin Trudeau a promis une investiture juste et transparente. Malheureusement, ce n'est pas le cas. »

— Grace Batchoun, candidate à l'investiture libérale dans Ahuntsic-Cartierville

Plus de 5100 libéraux sont appelés à désigner leur candidat(e), dimanche. Ahuntsic-Cartierville, dans le nord de Montréal, est la circonscription québécoise qui compte le plus de membres inscrits au PLC. Il y a quatre candidats toujours en lice.

Une lutte serrée

La guerre des ventes de cartes de membre fait rage depuis plusieurs mois. L'équipe de Mélanie Joly en revendique plus de 2000, en incluant les cartes vendues par les candidats ralliés. Grace Batchoun affirme en avoir vendu autour de 2000 et Elie Kassissia, plus de 1000. Le quatrième candidat, Viken Attarian, n'a pas voulu partager ses chiffres.

« Avec un départ en 4e semaine de campagne, Mélanie Joly est la mieux placée », estime un stratège libéral. Selon lui, le vote va être « très serré ». Le candidat choisi entrera en campagne avec trois semaines de retard sur sa principale adversaire, l'ex-bloquiste désormais néo-démocrate Maria Mourani.

Les candidats ralliés à Mélanie Joly se défendent

Mis en cause, l'ex-candidat à l'investiture libérale dans Ahuntsic-Cartierville, Anthony Di Carlo, réfute les allégations. « Pour l'instant, je travaille sur la campagne de Justin Trudeau dans Papineau, et je ne suis pas payé, à date ». Il explique s'être retiré de la course pour des raisons « familiales » [il vient d'avoir un enfant] et parce qu'il a réalisé qu'il ne gagnerait pas.

L'autre ex-candidat à l'investiture mis en cause, Norair Serengulian, estime que ces attaques sont « sales » et « très tristes ». Il accuse les adversaires de Mélanie Joly de « créer des rumeurs ».

« À date, je n'ai rien reçu comme compensation du Parti libéral », affirme-t-il. Il reconnaît espérer un emploi rémunéré au PLC, mais il n'a pas cherché à marchander son retrait. « Je n'avais pas assez vendu de cartes de membre pour pouvoir gagner », explique-t-il.

Norair Serengulian « espère » travailler un jour de manière rémunérée pour le Parti libéral. En attendant, depuis son retrait, il agit comme bénévole et a participé à des cocktails de financement, « pour parler à certaines personnes », précise-t-il, mais toujours de manière « bénévole ».

Nous avons demandé au quatrième candidat toujours en course, Viken Attarian, s'il a reçu des propositions pour retirer sa candidature. « Je ne peux pas vous partager ces informations », répond-il. « Ce sont des informations privilégiées, et je ne trahirai pas la confiance de personne ». Il ajoute que « dans la politique, il faut s'attendre à tout. Les gens négocient des choses ».

Une investiture tardive pour favoriser Mélanie Joly?

Plusieurs assemblées d'investiture libérales ont eu lieu dès 2014. Mais celle d'Ahuntsic-Cartierville sera l'une des toutes dernières du parti. Pourtant, Elie Kassissia, Grace Atchoun et Viken Attarian font campagne localement depuis parfois un an, voire plus. Mélanie Joly, elle, s'est déclarée candidate en février 2015.

Déjà, plusieurs candidats se sont plaints auprès du parti des multiples reports de ce vote. Dans une lettre adressée à la direction du PLC, en février, ils faisaient part de leurs craintes que la candidature vedette soit favorisée à leurs dépens.

« Tout est fait dans les règles », assure le porte-parole du PLC Olivier Duchesneau. Il affirme qu'il n'y a pas de stratégie pour laisser le temps à Mélanie Joly de vendre des cartes de membres. Quant aux allégations d'offres de postes, il les juge « absurdes ».

Fonctionnement du vote de dimanche

Les membres auront le droit de voter une seule fois. Ils désigneront leur premier choix de candidat, ainsi qu'un deuxième choix. Lors du premier tour de scrutin, le candidat qui obtiendra le moins de citations comme premier choix sera éliminé. Les voix obtenues par ce candidat seront redistribuées parmi les autres candidats, conformément aux deuxièmes choix indiqués, le cas échéant. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un des candidats obtienne 50 % des appuis.

Les quatre candidats

  • Mélanie Joly, 36 ans, est avocate, entrepreneure, auteure et conférencière. Elle s'est fait connaître du grand public en terminant deuxième aux élections municipales à Montréal, en novembre 2013.
  • Grace Batchoun, 49 ans, est gestionnaire de projet. Elle a travaillé pour Nortel, Ernst & Young et le CN. Elle a aussi fondé trois associations dans les domaines de l'humanitaire, des droits de la personne et de l'éducation.
  • Viken Attarian, 57 ans, est ingénieur spécialiste en réseaux informatiques et télécommunications. Il a notamment travaillé pour Pratt & Whitney Canada, Bombardier Transport et Bell Helicopter. Il est, entre autres, président de la Commission politique québécoise du Parti libéral du Canada et sur le C. A. du PLC.
  • Elie Kassissia, « baby-boomer » [ne veut pas donner son âge], est un homme d'affaires et propriétaire d'entreprises dans le domaine de la santé.

Tous les opposants de Mélanie Joly rappellent que, contrairement à elle, ils résident dans la circonscription. Mélanie Joly y est née et sa famille y vit, mais elle réside dans le Mile-End.

Rien, dans la Loi électorale du Canada, n'oblige un candidat à résider dans sa circonscription.

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