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21/08/2015 07:45 EDT | Actualisé 21/08/2016 01:12 EDT

Elections anticipées en Grèce, un risque d'instabilité tempéré par l'UE

Après s'être assurée d'un troisième plan d'aide européen, la Grèce est entrée de nouveau vendredi dans une période d'instabilité politique avec des élections législatives anticipées en septembre, les cinquièmes depuis 2009, même si les créanciers ne semblent pas inquiets.

Le coup d'envoi de ce nouveau scrutin a été donné après la démission jeudi du Premier ministre Alexis Tsipras sur fond de rupture au sein de son parti de gauche radicale, Syriza, dont 25 députés ont annoncé dès vendredi la formation d'un nouveau groupe parlementaire.

"L'Unité populaire", nom du nouveau parti qui sera créé, renvoie à celui de l'ancien président socialiste chilien Salvador Allende.

Les dissidents de Syriza s'opposent aux nouvelles mesures d'austérité prévues par l'accord récent passé entre Athènes et l'Europe sur un nouveau prêt au pays.

Lors de son message télévisé jeudi soir, Alexis Tsipras a indiqué qu'après avoir fait tout ce qu'il a pu pour consolider l'économie grecque, "la parole était maintenant au peuple grec pour qu'il juge ses actes, ses réussites ou ses erreurs".

"C'est à vous (aux Grecs) avec votre vote de décider si l'accord qu'on a obtenu, permet de surmonter les impasses actuelles et de conduire à la reprise", a souligné Alexis Tsipras, porté au pouvoir fin janvier, avec 36,3% des suffrages.

Agé de 41 ans, Alexis Tsipras incarnait alors l'homme politique de gauche qui allait mettre fin "aux politiques de rigueur" honnies par les Grecs et imposées au pays depuis l'éclosion de la crise grecque il y a cinq ans.

Mais après six mois de négociations ardues, et de pression des créanciers du pays qui ont menacé Athènes d'une sortie de la zone euro, il a été contraint de signer un accord avec l'Europe sur un nouveau prêt de 86 milliards d'euros sur trois ans.

La sanction politique dans son parti a été immédiate : une quarantaine de députés de Syriza sur 149 ont voté contre ou se sont abstenus la semaine dernière lors d'un vote au Parlement portant sur l'adoption de l'accord. Celui-ci n'a été adopté que grâce à l'opposition. Le gouvernement a ainsi perdu la majorité parlementaire, ne comptant actuellement que 119 députés sur les 300 de l'Assemblée.

Toutefois, Alexis Tsipras continue de bénéficier d'une grande popularité dans le pays, et espère l'emporter lors des élections qu'il souhaite pour le 20 septembre.

- 'Des décisions prises à Bruxelles'-

"Un pari pour tout le monde" titrait vendredi le Journal des rédacteurs (gauche) tandis que Ta Néa (centre-gauche), le plus gros tirage du pays, a jugé "qu'Alexis Tsipras a su sortir de l'impasse" créée au sein de son parti en prenant la décision de démissionner.

Mais les électeurs en Grèce semblent lassés des répercussions de la récession et de cinq scrutins au cours de six dernières années: en octobre 2009, en mai et juin 2012, en janvier 2015 et celles prévues dans un mois.

"Tsipras aurait pu éviter les élections en demandant un vote de confiance du Parlement, il est allé trop vite", juge le retraité Nikos Papasotiriou, 70 ans, habitant de l'île de Lesbos en mer Egée.

Plus cynique, Vasso Stathaki, également résidente de Mytilène, chef-lieu de Lesbos: "Rien ne va changer, les décisions sont prises à Bruxelles, ils ont essayé (Syriza) de faire autre chose mais ils n'ont pas réussi".

La perspective de ces élections, qui évinceraient les plus contestataires de Syriza, ne semblait pas déplaire aux créanciers.

Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a dit qu'il ne craignait pas que cette période électorale mette en danger la mise en oeuvre des réformes. "Une très large majorité avait soutenu le paquet de mesures au Parlement grec et nous nous attendons à ce que ce soutien soit peut-être encore plus fort" après les élections.

Jeudi, dès avant l'annonce officielle, le responsable du cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, Martin Selmayr, a tweeté : "Des élections anticipées en Grèce peuvent être le moyen d'élargir le soutien" au plan d'aide.

La démission d'Alexis Tsipras a déclenché officiellement vendredi la période électorale. En vertu de la Constitution, le chef d'Etat Prokopis Pavlopoulos a demandé à Vaguélis Méïmarakis, dirigeant de la Nouvelle-Démocratie (ND), de tenter de former un gouvernement de coalition.

Selon la Constitution, la démission du Premier ministre entraîne automatiquement la procédure des "mandats exploratoires": les trois premiers partis du Parlement, sur la base du nombre de députés, sont appelés l'un après l'autre à tenter de former un gouvernement de coalition dans un délai de trois jours.

S'ils échouent, ce qui est probable dans le cas actuel, le président convoque des élections législatives anticipées.

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