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21/08/2015 16:53 EDT | Actualisé 21/08/2016 01:12 EDT

Au Guatemala, le président "numéro un" de la corruption, selon le parquet

Le scandale de corruption qui secoue le Guatemala depuis des mois a atteint vendredi la tête de l'Etat, avec la mise en accusation directe du président Otto Pérez par le parquet et l'arrestation de son ex-vice-présidente.

A quelques semaines seulement du scrutin présidentiel du 6 septembre, auquel M. Pérez ne se représente pas, la justice a marqué un grand coup en quelques heures, d'abord en arrêtant l'ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, puis en désignant le président comme partie prenante du réseau de corruption découvert au sein du service des douanes.

"Nous trouvons dans toute l'organisation et l'organigramme (de ce réseau, ndlr) la participation très regrettable du président de la République et de Roxana Baldetti", a affirmé Ivan Velasquez, président de la Commission internationale contre l'impunité de l'ONU au Guatemala (Cicig).

M. Velasquez s'exprimait lors d'une conférence de presse conjointe avec le parquet, qui a confirmé ces accusations et avec qui une procédure a été lancée pour que le président comparaisse devant la justice.

Selon lui, les écoutes téléphoniques réalisées dans le cadre de l'enquête incluaient des références au "numéro un" et à "la numéro deux".

"Si aujourd'hui nous disons que +le numéro un+ correspond au président et +la numéro deux+ à la vice-présidente, c'est parce que nous avons des éléments pour le prouver, au-delà des conversations" enregistrées, a assuré M. Velasquez.

L'enquête, démarrée en mai 2014, s'appuie notamment sur 86.000 écoutes téléphoniques, qui constituent désormais la principale preuve contre les suspects.

En atteignant le sommet de l'Etat, elle ne devrait que renforcer l'écoeurement des Guatémaltèques, qui ont été des milliers à descendre dans les rues ces derniers mois, notamment pour réclamer la démission du président.

Le scandale avait éclaté au grand jour le 16 avril, quand les autorités, enquêtant avec l'appui de la Cicig, ont placé en détention le directeur des impôts et de nombreux autres fonctionnaires, accusés d'avoir touché des pots-de-vin pour exonérer des importateurs de frais de douane.

- Déjà dans le viseur de la justice -

L'enquête avait désigné au départ Juan Carlos Monzon, ancien secrétaire privé de la vice-présidente, actuellement en fuite, comme étant la tête du réseau.

Un mois plus tard, ce sont les présidents de la Banque centrale, Julio Suarez, et de la Sécurité sociale, Juan de Dios Rodriguez, ami intime du président Pérez, qui ont été arrêtés dans l'enquête sur l'attribution suspecte d'un contrat d'achat de médicaments.

Le président conservateur Otto Pérez, un général à la retraite de 64 ans au pouvoir depuis 2012 et dont le mandat court jusqu'au 14 janvier 2016, était déjà dans le viseur de la justice depuis plusieurs mois.

Une commission d'investigation du Parlement avait ainsi demandé la levée de son immunité afin qu'il puisse comparaître devant la justice, une requête rejetée mi-août par les députés.

Ces premières accusations officielles à son encontre surviennent quelques heures seulement après l'arrestation de l'ancienne vice-présidente, qui avait démissionné mi-mai.

Mme Baldetti, 53 ans, est poursuivie pour association de malfaiteurs, fraude et corruption passive.

Malgré le ras-le-bol manifesté par la population, le candidat favori pour l'élection du 6 septembre est Manuel Baldizon, du parti Liberté démocratique (droite), dont le partenaire, pour la vice-présidence, est l'ex-patron de la Banque centrale Edgar Barquin, visé par une enquête pour blanchiment d'argent.

Dans un récent rapport, la Cicig dénonçait le financement de candidats par des organisations criminelles et des trafiquants de drogue dans le but d'obtenir des protections, des informations et des postes dans les administrations.

Le Guatemala, miné par 36 ans de guerre civile (1960-1996), souffre encore aujourd'hui d'une violence et d'une pauvreté records.

Mais il n'est pas le seul d'Amérique centrale à souffrir de la corruption : des scandales similaires touchent actuellement le parti du président du Honduras Juan Orlando Hernandez, l'ex-président du Salvador Francisco Flores ou encore l'ex-dirigeant du Panama, le milliardaire Ricardo Martinelli.

Le dernier classement mondial de Transparency International sur la perception de la corruption place le Honduras au 126e rang sur 175 pays, le Guatemala au 115e, le Panama au 94e et le Salvador au 80e.

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