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20/08/2015 15:03 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Yémen: attentat contre un siège du pouvoir, les raids critiqués

Le siège du pouvoir à Aden a été la cible jeudi d'un attentat meurtrier, le premier du genre depuis la reprise de la ville du sud du Yémen aux rebelles, tandis que des frappes de la coalition arabe soulevaient des critiques.

L'attaque à la roquette anti-char à Aden a fait quatre morts, des gardes du corps du gouverneur de la province, Nayef al-Bakri, et 20 blessés, dont le frère de ce dernier, selon le chef de la sécurité dans la ville.

M. Bakri est sorti indemne de cette attaque ayant visé la faculté de sciences administratives où se trouvent ses bureaux provisoires. Le siège du gouvernorat avait en effet été détruit durant les combats entre forces loyalistes et rebelles chiites Houthis.

Les services de sécurité disent n'avoir pour le moment aucune piste concernant les auteurs de l'attentat qui n'a pas été revendiqué.

M. Bakri est proche du parti islamiste Al-Islah. Il était vice-gouverneur d'Aden avant l'arrivée des Houthis fin mars dans la ville et a été nommé gouverneur durant les combats par le président en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi, pour le récompenser de sa décision de ne pas quitter Aden comme beaucoup d'autres responsables provinciaux.

La reprise le 17 juillet d'Aden par les forces anti-Houthis a été un tournant dans le conflit. C'est à partir de cette ville que les loyalistes ont lancé des offensives qui leur ont permis de reprendre d'autres régions du sud du Yémen aux rebelles, qui en quelques mois avaient conquis des pans entiers du pays.

- 13 instituteurs tués -

Les forces anti-Houthis sont appuyées dans leur contre-offensive par des raids aériens d'une coalition arabe lancée le 26 mars par l'Arabie saoudite pour empêcher les rebelles chiites de s'emparer de l'ensemble du Yémen.

Ces raids font régulièrement des victimes civiles, provoquant des critiques.

L'organisation des Nations unies pour l'enfance (Unicef) s'est ainsi élevée contre un raid aérien ayant coûté la vie mardi à 13 instituteurs et quatre enfants à Omrane, au nord de Sanaa. Ces victimes paient "le prix fort du conflit".

Selon l'Unicef, le raid s'est produit alors que des instituteurs étaient réunis pour préparer les examens, alors que des centaines de milliers d'écoliers voient leur scolarité perturbée par la guerre.

Les enfants tués accompagnaient leurs parents à la réunion, selon la même source.

Selon des sources médicales, outre les 17 civils, cinq rebelles ont péri dans le raid.

Selon les témoins, la réunion des instituteurs a coïncidé avec une rencontre dans le même bâtiment de rebelles chiites.

- Crise humanitaire -

En moyenne, l'Unicef estime que huit enfants sont tués ou grièvement blessés chaque jour au Yémen. Près de 400 ont déjà été tués et 600 blessés, d'après l'organisation.

Au total plus de 4.400 personnes ont péri depuis mars dans les combats et les frappes, selon l'ONU.

De son côté, l'Union européenne a déploré le bombardement par la coalition du port de Hodeida (ouest), point d'entrée vital pour l'aide humanitaire destinée aux populations dans le besoin et dont l'acheminement est "extrêmement difficile".

Sans mettre en cause directement la coalition arabe, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire européen à l'Humanitaire, Christos Stylianides, ont estimé, dans un communiqué, que de tels bombardements créaient "un obstacle supplémentaire" à la distribution de cette aide.

Les raids, menés mardi, ont également été qualifiés d'"inacceptables" par l'ONU.

Les attaques semblent avoir fait des victimes parmi les rebelles Houthis et des dockers. Mais aucun bilan n'a pu être établi de façon fiable par l'AFP.

Le Programme alimentaire mondial a prévenu que la famine menaçait désormais le Yémen, où plus de 500.000 enfants souffrent de malnutrition aiguë.

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