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20/08/2015 19:33 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Scandale Petrobras: premières demandes d'inculpations d'élus brésiliens

Le parquet brésilien a réclamé jeudi la mise en examen du président de l'Assemblée nationale Eduardo Cunha et de l'ancien président du pays Fernando Collor, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras, premières demandes d'inculpations à viser des élus.

"Le procureur général de la République, Rodrigo Janot, a envoyé une demande à la Cour suprême pour mettre en examen le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, pour avoir perçu des pots-de-vin d'au moins cinq millions de dollars pour permettre la construction de deux navires sonde pour Petrobras, entre juin 2006 et octobre 2012", a annoncé le parquet dans un communiqué.

Le procureur exige aussi que M. Cunha reverse 80 millions de dollars : 40 millions pour restituer les fonds soustraits à Petrobras par les entreprises qui facturaient les contrats pour avoir de quoi verser des commissions à des politiciens corrompus et 40 millions en dommages et intérêts.

Outre la mise en examen de M. Cunha, membre du PMDB, principal parti de la coalition gouvernementale de centre gauche de la présidente Dilma Rousseff, le procureur Janot a également demandé la mise en examen de l'ancien président Fernando Collor, destitué pour corruption en 1992 et aujourd'hui sénateur, et d'une ancienne député, Solange Almeida.

Il s'agit des premières demandes de mises en examen visant des parlementaires dans ce dossier aux multiples ramifications.

Bénéficiant d'une immunité parlementaire, les élus ne peuvent être jugés que par la Cour suprême. La Cour doit maintenant dire si elle accepte les mises en examen.

Mercredi soir, M. Cunha, un évangélique au style agressif et polémique qui nie les faits, avait affirmé qu'en cas de mise en examen il n'abandonnerait pas la présidence de l'Assemblée.

"Je vais poursuivre l'exercice (des fonctions) pour lesquelles j'ai été élu par la majorité de la Chambre. Je suis absolument tranquille et serein quant à cela", a-t-il lancé.

La procureur Janot a retenu contre M. Cunha les charges de corruption passive et blanchiment d'argent, tout comme contre l'ex-députée Almeida qui lui servait d'intermédiaire pour faire pression sur les entreprises.

"M. Cunha a reçu des avantages indus pour favoriser le chantier naval Samsung (...) sans appel d'offre", souligne le communiqué.

M. Cunha, évangélique conservateur qui a bouleversé l'agenda politique du gouvernement depuis qu'il est arrivé à la tête de l'Assemblée nationale, a rapidement fait parler de lui en se comportant à l'Assemblée comme le principal ennemi politique de Mme Rousseff.

A 57 ans, économiste de formation et propriétaire de plus de 150 noms de domaines internet contenant le mot "Jésus", il n'écarte pas la possibilité d'être candidat à la présidence en 2018 pour le Parti du mouvement démocratique Brésilien (PMDB, centre), parti incontournable pour gouverner car le plus important au Congrès, et principal allié du PT depuis 2003.

Les accusations contre M. Collor n'ont pas été communiquées.

Selon l'enquête sur la corruption autour de Petrobras, des entreprises se répartissaient (de 2004 à 2014) les marchés de la compagnie pétrolière en payant à tour de rôle des pots-de-vin à certains de ses directeurs en échange de contrats et en surfacturant ceux-ci de 1 à 3%.

Une partie de ces commissions était reversée à des personnalités politiques, en majorité des parlementaires de la coalition de centre gauche au pouvoir.

Quelque 35 parlementaires et deux gouverneurs sont mis en cause dans cette enquête.

Petrobras a perdu plus de deux milliards de dollars avec ces fraudes.

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