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20/08/2015 05:28 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Quand l'athlétisme chinois s'éveillera

Géant endormi de l'athlétisme, la Chine entend profiter des Mondiaux organisés sur son sol, à Pékin du 22 au 30 août, pour s'éveiller au monde, grâce en particulier à l'apport de techniciens étrangers.

Il y a d'abord les chiffres, sévères: seulement six médailles (une en or, une d'argent et quatre de bronze), ramenées de Londres-2012 par des athlètes chinois.

Un goutte d'eau dans le bilan olympique au regard de la 2e place finale du pays asiatique au tableau des médailles (88 médailles dont 38 en or, 27 en argent et 23 en bronze).

Il y a ensuite un constat, amer: les figures de proue de l'athlétisme chinois se comptent sur les doigts d'une main dans l'histoire: Ni Chi Chin et Zhu Jianhua à la hauteur, et Liu Xiang, champion olympique 2004 du 110 m haies et ancien recordman du monde, officiellement retraité depuis avril dernier.

Et il y a enfin l'histoire de certaines disciplines, qui témoigne qu'un immense travail reste à faire: depuis la création des Mondiaux en 1983, la Chine, qui compte 1,4 milliard d'habitants, n'a jamais réussi à placer un seul représentant homme ou femme en finale de sprint. Aucun en 14 éditions pour le 100, 200 et 400 m !

-"l'armée de Ma" à oublier-

Le fond chinois a en revanche connu un âge d'or en 1993. Un âge d'or à oublier, où les titres et les records du monde toujours d'actualité ne peuvent masquer les forts doutes autour de "l'armée de Ma" Juren, l'entraîneur qui disait donner à ses élèves une décoction à base de sang de tortues...

Alors, afin de briller enfin en athlétisme de manière honorable, les autorités chinoises ont pris le taureau par les cornes.

Depuis plusieurs années, la Chine fait appel à des talents étrangers pour encadrer ses espoirs et accélérer leur croissance.

C'est le cas pour la longueur et le triple saut, avec le recrutement de l'Américain Randy Huntington, ancien entraîneur de Mike Powell, recordman du monde du saut en longueur (8,95 m).

C'est aussi le cas pour la perche avec le Français Damien Inocencio, ancien entraîneur de Renaud Lavillenie lorsque celui-ci est devenu champion olympique à Londres.

"En 2011, les Chinois étaient venus nous voir à Clermont. Ils ne comprenaient pas pourquoi un gars d'1,76 m comme Renaud pouvait franchir 6 mètres alors que leurs perchistes d'1,90 m en étaient loin", se rappelle le technicien, devenu entraîneur en chef de l'équipe de perche de Chine en 2014.

-transmettre une passion-

"Il faut leur transmettre une passion, car les athlètes chinois n'ont pas cette culture de l'athlétisme que nous pouvons avoir en Europe ou aux États-Unis", explique-t-il.

"Mon boulot est donc de donner à la Chine des clés pour que dans dix ans ils soient très bons. Il y a une vraie volonté d'avoir des résultats sur les JO. Les championnats du monde de Pékin arrivent un peu tôt", note-t-il.

L'internationale de l'athlétisme est donc en marche, en Chine.

L'Italien Renato Canova, 70 ans, s'occupe du demi-fond. Un autre Italien, Sandro Damilano, de la marche. Les lanceurs de javelot peuvent picorer des conseils auprès de l'Allemand Uwe Hohn, recordman du monde de l'ancien javelot-planeur. Un de ses compatriotes guident les lanceurs de poids.

Les sauteurs en hauteur ont effectué des stages aux États-Unis, pour le plus grand bien par exemple de Guowei Zhang, 2e meilleur performeur mondial de la saison (2,38 m) et vainqueur en Ligue de diamant de l'étape d'Oslo en juin dernier.

Finalement, seul le sprint reste encore le domaine réservé de techniciens chinois, mais les résultats sont aussi en progrès.

Su Bingtian vient ainsi de porter le record de Chine du 100 m à 9 sec 99/100e, le 30 mai dernier à Eugene, devenant de facto le premier Chinois de l'histoire sous les 10 secondes.

La Chine accélère, et le monde de l'athlétisme doit s'y préparer.

fbr/leh