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20/08/2015 14:15 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Les pays émergents laissent leurs devises fondre pour rester compétitifs

Les pays émergents laissent fondre leurs devises, dans une course à la dévaluation pour rester compétitifs après la baisse de la monnaie chinoise, un mouvement exacerbé par la vigueur d'un dollar porté par des attentes de resserrement monétaire aux États-Unis.

Jeudi, le Kazakhstan a pris la décision de laisser filer sa devise, en cessant d'intervenir pour encadrer les mouvements de la tenge, provoquant une dégringolade de sa monnaie, à un plus bas historique face au dollar (257,21 tenges pour un dollar).

Les devises des pays émergents asiatiques souffrent particulièrement ces derniers jours "des craintes d'un nouvel affaiblissement du yuan et des inquiétudes sur la reprise apathique de la croissance mondiale", a expliqué Kit Juckes, analyste chez Société Générale.

-dévaluer pour être compétitif-

Les autorités kazakhes ont "décidé de laisser (leur devise) évoluer librement afin qu'elle soit compétitive face aux monnaies affaiblies de ses principaux partenaires économiques, la Russie et la Chine", a expliqué Jasper Lawler, analyste chez CMC Markets.

Les dévaluations surprise du renminbi ("monnaie du peuple", nom officiel de la devise chinoise) par la banque centrale chinoise (PBOC) ont été interprétées par certains observateurs comme étant destinées à enrayer le repli des exportations du pays, après la publication de statistiques économiques décevantes.

En réaction aux baisses successives de la monnaie chinoise, le Vietnam a d'ailleurs porté un coup à sa devise mercredi en élargissant la fourchette dans laquelle elle peut fluctuer, ce qui a provoqué une chute du dong à son plus bas historique de 22.410 dongs pour un dollar. Le pays a ainsi procédé à sa troisième dévaluation de l'année, selon des cambistes.

De son côté, le rouble souffre depuis fin 2014 de la dégringolade des cours du pétrole couplée aux sanctions des Occidentaux liées à la crise ukrainienne. Et cet effondrement de la devise russe a entraîné une violente récession. Ainsi les problèmes de la Russie plombent ses partenaires et voisins, comme le Kazakhstan.

Cette faiblesse des devises s'étend à travers les marchés émergents, a relevé Jasper Lawler, citant en exemple le rand sud-africain, tombé jeudi à son niveau le plus faible depuis fin 2001, à 13,00 rands pour un dollar.

La monnaie sud-africaine, comme la devise indonésienne (tombée jeudi à un plus bas historique à 13.926 roupie pour un dollar), souffre aussi en grande partie de la faiblesse des cours des matières premières.

Au Brésil cependant, "les soucis du réal sont autant politiques qu'économiques", a noté Kit Juckes. Le réal est tombé mercredi à 3,4924 réais pour un dollar, son niveau le plus faible depuis mars 2003, alors que le Brésil fait face à un vaste scandale de corruption sur fond de croissance au point mort.

Aussi plombée par une crise politique mais aussi sécuritaire, la livre turque est tombée jeudi à un plus bas historique à 3,00 livres pour un dollar.

-le dollar devrait continuer de plomber les monnaies émergentes-

Les pays émergents affaiblis font de plus face à un dollar revigoré par la perspective d'une hausse des taux d'intérêts américains, qui rendrait le billet vert plus rémunérateur et donc plus attractif pour les investisseurs qui cherchent ainsi à faire des achats à bon compte avant un renchérissement encore plus marqué de la devise.

Même si les inquiétudes sur l'économie chinoise et la croissance mondiale pourraient pousser la Réserve fédérale américaine (Fed) à ne pas agir dès septembre, elle devrait tout de même être la première grande banque centrale mondiale à resserrer sa politique monétaire.

Comme l'a souligné Kit Juckes, une hausse des taux américains pousserait les investisseurs à se désengager des marchés émergents, vers lesquels ils s'étaient tournés pour absorber une partie des excès de liquidités créés par les mesures de la Fed pour soutenir la première économie mondiale.

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