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20/08/2015 07:08 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Le Kazakhstan capitule face à la chute du pétrole et laisse plonger sa monnaie

Le Kazakhstan, plombé par la chute des cours du pétrole et par la récession frappant la Russie voisine, a décidé jeudi de laisser filer sa monnaie, entraînant la pire dévaluation subie depuis 17 ans par cette ex-république soviétique d'Asie centrale riche en hydrocarbures.

Certains magasins ont fermé et l'anxiété s'est emparée de la population après l'annonce par le gouvernement qu'il cessait d'intervenir sur le marché des changes pour encadrer les mouvements de la tenge, qui a aussitôt perdu plus de 20% de sa valeur.

"J'ai bien peur que mon université augmente les frais de scolarité", a expliqué Janar Agataïéva, une étudiante de 19 ans, les yeux rivés sur l'évolution des cours devant un bureau de changes de la plus grande ville du pays, Almaty.

Lors d'un conseil des ministres, le Premier ministre Karim Massimov a annoncé la mise en place dès jeudi d'une "nouvelle politique monétaire avec pour objectif la lutte contre l'inflation".

Concrètement, les autorités mettent fin à la fourchette qui encadrait les mouvements de la monnaie jusqu'à présent et adoptent un régime "flottant" déterminé par les mouvements du marché, a précisé le chef du gouvernement. La veille, elles avaient déjà laissé la monnaie céder 5% face au dollar.

Le dollar valait plus de 250 tenges après 10H00 GMT, contre autour de 188 mardi. En deux jours, la monnaie kazakh a subi ainsi "sa plus forte dévaluation depuis 1998", a relevé Oleg Kouzmine, économiste chez Renaissance Capital.

"C'est un choc considérable pour la population et les entreprises, qui devraient réduire leurs dépenses", a-t-il ajouté dans une note, prévoyant une croissance économique nulle au second semestre.

- Projets gelés -

Les autorités avaient déjà créé un choc dans la population en février 2014 en relevant de près de 20% le cours du dollar face à la tenge. Il s'agissait alors de réagir à l'affaiblissement du rouble, qui devenait intenable pour le Kazakhstan dont la Russie est le principal partenaire commercial.

Depuis, le rouble a perdu près de la moitié de sa valeur, sous l'effet des sanctions liées à la crise ukrainienne et à la baisse du marché pétrolier, déséquilibrant encore les échanges au sein de la zone de libre-échange réunissant les deux pays. Et surtout, la Kazakhstan, riche en hydrocarbures, subit directement les effets de la rechute actuelle des cours de l'or noir, accentuant la pression sur la monnaie.

La dévaluation "va simplifier la situation du Kazakhstan qui va garder plus de réserves pour soutenir ses banques et entreprises publiques" plutôt que les dépenser pour soutenir une monnaie sous pression, a expliqué à l'AFP Anton Tabakh, économiste de l'agence de notation Rus-Rating.

Mercredi, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis près de 25 ans, a cependant prévenu: le pays, dont le succès économique post-soviétique faisait exception dans la très pauvre Asie centrale, va devoir se serrer la ceinture pour s'adapter à des cours du baril à 30-40 dollars, soit encore plus bas que leur niveau actuel.

"Au cours des dix dernières années, nous avons beaucoup construit, embauché et augmenté les salaires. Mais nous manquons désormais de moyens et les nouveaux projets seront limités", a-t-il affirmé devant des haut responsables du gouvernement.

Selon l'agence de notation financière Standard & Poor's, le pétrole représente entre 20 et 30% du produit intérieur brut kazakh, plus de la moitié de ses revenus budgétaires et 60% de ses exportations. Certains projets comme l'exploitation du gisement de Kachagan nécessitent des cours du pétrole bien plus élevés que les cours actuels pour être rentables.

Et outre la récession en Russie, le Kazakhstan doit aussi faire à une chute de la demande en Chine, un autre important marché qui vient de dévaluer elle-même sa monnaie.

La banque russe VTB Capital a estimé que, malgré la dévaluation annoncée, la tenge allait "rester surévaluée", surtout vu l'afflux de produits russes rendus meilleurs marchés.

"Pour certains investisseurs étrangers, cette décision était attendue de longue date. Pour les petites et moyennes entreprises, cela crée de l'incertitude", a relevé Touleguen Askarov, président de l'association Biz Media, interrogé par l'AFP. "Certains concessionnaires automobiles ferment et les magasins attendent de voir ce qui va se passer maintenant".

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