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20/08/2015 05:48 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Le gréviste de la faim palestinien Allan à nouveau dans le coma

Mohammed Allan, le gréviste de la faim palestinien qui défie les autorités israéliennes de son lit d'hôpital, est à nouveau dans le coma, sans savoir qu'il n'est plus détenu sans jugement après une décision de justice qui divise les esprits.

Après des jours de bras de fer et devant l'état de M. Allan après près de soixante jours de grève de la faim, la Cour suprême israélienne a décidé mercredi soir de suspendre, "pour le moment", sa détention sans inculpation et de le maintenir en soins intensifs.

Les trois juges de la plus haute instance israélienne ont levé les restrictions aux visites de ses proches. Mais ils laissent en suspens une question essentielle: Mohammed Allan pourrait-il être à nouveau placé en détention dite administrative une fois rétabli, s'il se rétablit ?

Ils se contentent de relever que l'Etat, dans les débats préalables à leur décision, s'est dit prêt à le relâcher s'il a subi des dommages irréversibles.

L'arrêt de la Cour suprême, apparent compromis destiné à sortir au moins provisoirement d'une impasse humanitaire et politique, a réjoui les parents de M. Allan. Mais il a aussi frustré beaucoup d'autres, côtés israélien et palestinien. La querelle sur le recours à la détention administrative reste plus que jamais ouverte.

M. Allan, 31 ans, avocat à Naplouse, défenseur de prisonniers palestiniens quasiment inconnu il y a quelques semaines, est devenu le visage de la lutte contre la détention administrative, l'un des grands combats des Palestiniens.

- 'Aux portes de la mort' -

Arrêté en novembre 2014, il a débuté sa grève de la faim le 18 juin. Les raisons précises de son arrestation n'ont jamais été publiquement claires. Le Jihad islamique, un groupe désigné comme terroriste par Israël, le présente comme l'un des siens.

Déterminé à aller jusqu'au bout pour obtenir sa libération immédiate selon ses soutiens, il ignore aujourd'hui la décision des juges.

Il a été plongé par ses médecins dans un coma artificiel mercredi avant l'arrêt de la cour, a dit une porte-parole de l'hôpital Barzilaï d'Ashkélon (ouest d'Israël) où il est hospitalisé.

Il était sorti mardi d'un premier coma dans lequel il avait sombré en fin de semaine passée.

Avant même son retour sous coma artificiel, les médecins l'avaient décrit comme perdant le contact avec son environnement. Le cerveau est atteint, avaient-ils dit sans se prononcer sur le caractère irréversible ou non de ces atteintes.

Il n'en serait pas là si la Cour suprême avait statué avant qu'il ne soit "aux portes de la mort", a dit l'un des avocats du prisonnier, Jamil al-Khatib, dans un communiqué publié par l'organisation Adalah, qui soutient M. Allan.

Le cas de M. Allan prouve que la détention administrative "est devenue un instrument pour punir et se venger des Palestiniens sans inculpation ni procès, un instrument qui n'a son équivalent dans aucun régime démocratique", a-t-il dit.

- Les médecins montrés du doigt -

Ce régime d'emprisonnement extrajudiciaire permet aux autorités israéliennes de détenir un suspect sans lui notifier d'inculpation pendant six mois renouvelables indéfiniment.

Sur environ 5.800 détenus palestiniens, environ 340 sont en détention administrative selon les autorités israéliennes, plus de 450 selon les Palestiniens.

Le Club des prisonniers palestiniens a exprimé sa rancoeur devant un arrêt qui "élude la décision qui devait être prise, à savoir le relâcher". Il accuse la Cour suprême de collusion avec les autorités israéliennes.

Le cas de M. Allan représente un casse-tête pour les autorités israéliennes, prises entre le souci de ne pas céder aux pressions des prisonniers et le risque d'une nouvelle escalade de violence que pourrait provoquer sa mort.

La Cour suprême a semé la discorde jusque dans le camp du Premier ministre Benjamin Netanyahu. La ministre Miri Regev, membre de son parti, a accusé la Cour suprême de "céder au chantage du terroriste Mohammed Allan" au lieu de le nourrir de force en invoquant une loi votée en juillet, précisément pour faire face à de telles situations.

Le cas de M. Allan teste la détermination des autorités à employer cette arme, elle aussi très controversée. Cette loi a rencontré l'opposition de l'Ordre des médecins. Le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a ouvertement montré du doigt l'Ordre comme responsable de la décision prise par la Cour suprême.

bur-lal/vl