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20/08/2015 19:36 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

La Guinée-Bissau a un nouveau Premier ministre, Baciro Dja, déjà contesté

A peine nommé jeudi, le nouveau Premier ministre de Guinée-Bissau Baciro Dja faisait face à la contestation du parti au pouvoir dont il est issu, qui soutient son prédécesseur destitué, engagé dans un bras de fer avec le président José Mario Vaz.

Le pays ouest-africain de 1,6 million d'habitants, une ex-colonie portugaise, est confronté à une situation politique particulière: le chef de l'Etat José Mario Vaz, son Premier ministre destitué le 12 août Domingos Simoes Pereira et son nouveau chef du gouvernement Baciro Dja sont tous les trois membres du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC).

Le PAIGC, qui soutient M. Pereira - son président -, avait appelé ses militants à un rassemblement de protestation jeudi en fin d'après-midi à Bissau contre la nomination de Baciro Dja, 39 ans, qui fut ministre et porte-parole du gouvernement dissous.

Des partisans M. Vaz avaient aussi invité à un "meeting de soutien" au chef de l'Etat dans la capitale.

Les deux manifestations, programmées sur des sites proches l'un de l'autre et de la présidence, ont été annulées "pour raisons de sécurité", la police craignant des débordements, a déclaré à l'AFP le commissaire principal de Bissau, José Antonio Marques.

Peu après sa nomination, Baciro Dja a été installé dans ses fonctions par le président Vaz en présence de diplomates et de la presse.

Il a invité les Bissau-Guinéens à s'engager pour "garantir la stabilité" de leur pays. Il a promis d'"ouvrir un dialogue franc et sincère pour la recherche d'une solution concertée et durable pour la Guinée-Bissau", sans donner de calendrier pour la formation de son gouvernement.

Le président Vaz a de son côté implicitement reconnu que son choix de M. Dja était contesté. "La gestion des affaires de l'Etat implique une prise de décision qui ne plaît pas toujours", a-t-il déclaré, en appelant tous ses compatriotes à contribuer pour le redressement du pays.

Elu en mai 2014, M. Vaz avait nommé M. Pereira au poste de Premier ministre en juin de la même année. Il s'en est séparé le 12 août, en arguant d'une "crise de confiance au sommet de l'Etat" nuisant au "bon fonctionnement des institutions".

Selon leurs entourages, MM. Vaz et Pereira ne s'entendaient pas depuis plusieurs mois sur la manière de diriger le pays, dont la Constitution stipule que le poste de Premier ministre revient au chef du parti vainqueur des législatives.

Le PAIGC ayant obtenu la majorité en 2014 aux élections parlementaires - avec 57 députés sur 102 -, ces fonctions devraient donc être assumées par son président, M. Pereira, soulignent analystes et responsables politiques.

- Médiation suspendue -

M. Pereira a contesté sa destitution, de même que le PAIGC qui a par deux fois proposé au chef de l'Etat sa reconduction et qui, sans surprise, a rejeté jeudi la nomination de Baciro Dja.

Le PAIGC "n'acceptera jamais un coup d'Etat constitutionnel. Ni le parti, ni le peuple de Guinée-Bissau n'accepteront la nomination de Baciro Dja", a déclaré à l'AFP Fernando Saldanha, membre du bureau politique de cette formation.

Une délégation de la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), emmenée par l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, qui devait se rendre en Guinée-Bissau pour aider à la résolution de la crise politique a été suspendue après la nomination du nouveau Premier ministre.

Pour le juriste et analyste politique bissau-guinéen Fodé Mané, "nous ne sommes pas encore sortis de crise".

"La nomination d'un Premier ministre ne suffit pas pour parler de fin de crise", M. Dja "n'a été proposé par aucun parti comme l'indique notre Constitution. L'étape suivante va être la formation d'un gouvernement qui doit présenter un programme au Parlement dans 60 jours au plus", a affirmé M. Mané à l'AFP.

Le nouveau Premier ministre devra "aller chercher sa légitimité dans un Parlement dominé par le PAIGC", a-t-il souligné.

Pour prévenir tout débordement, des policiers ont été déployés dans la ville, où ils procèdent à des patrouilles régulières depuis plusieurs jours. L'armée n'y était en revanche pas visible dans les rues. Le calme régnait jeudi soir.

Depuis son indépendance du Portugal, en 1974, la Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d'Etat, réussis ou avortés, dans lesquels les militaires ont souvent joué un rôle prépondérant.

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