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20/08/2015 13:09 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

France : le chef de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, menacé d'exclusion

Le chef historique de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen s'est expliqué jeudi devant des responsables de son parti, le Front national (FN), qui envisagent de l'exclure pour sanctionner ses provocations répétées à propos de la Shoah.

Après cinq mois de crise ouverte, le cofondateur du FN, 87 ans, avait été convoqué à une réunion disciplinaire par sa fille Marine, à qui il a cédé la présidence du parti en 2011.

Pendant trois heures, "j'ai donné toutes les explications à ceux qui n'avaient pas toujours bien compris ce qui se disait ou se rapportait", a-t-il déclaré à l'issue de la réunion, exprimant "le souhait que cet épisode un petit peu polémique soit une étape vers la réunification active du FN".

Le tribun a ajouté s'être exprimé devant des "compagnons de combat" et non des "juges".

Ce ton conciliant tranche avec la combativité affichée à son arrivée, quand il avait ironisé sur l'absence de sa fille. "Les chefs sont aux abris, il n'y a que les fantassins ici", avait-il lancé.

"Il y a eu des moments assez vifs, bien sûr, mais sinon ça s'est passé correctement", a pour sa part commenté Bruno Gollnisch, un proche de Jean-Marie Le Pen, qui l'assistait face à ses pairs.

Le bureau exécutif du FN pourrait rendre sa décision dès jeudi soir sur une sanction contre le patriarche, menacé d'exclusion ou de suspension.

Depuis son arrivée à la tête du FN, Marine Le Pen, 47 ans, a pris ses distances avec l'héritage sulfureux légué par son père, condamné à plusieurs reprises pour propos antisémites et racistes. Elle a cependant conservé la ligne générale du parti, marquée par des positions nationalistes et anti-immigrés.

Cette stratégie de "dédiabolisation" vise à conforter ses ambitions en vue de l'élection présidentielle de 2017 en France, pour laquelle tous les sondages depuis près d'un an lui prédisent une qualification pour le second tour.

Mais son père estime que le FN n'a pas intérêt à devenir trop "lisse". En avril, il a donné une série d'interviews, qualifiant de nouveau les chambres à gaz de "détail" de la Seconde guerre mondiale, ce qui lui vaut d'être poursuivi en justice pour contestation de crimes contre l'humanité.

Déplorant un "suicide politique", Marine Le Pen avait alors engagé une procédure disciplinaire contre lui. En mai, le bureau exécutif du FN l'avait suspendu et lancé un congrès par voie postale pour le défaire de son statut de président d'honneur.

Le "menhir" (surnom lié à ses origines bretonnes) a obtenu en justice l'annulation de ces sanctions. Marine Le Pen a donc dû reprendre la procédure au départ.

Elle espère refermer une crise qui handicape l'extrême droite à quelques mois d'élections régionales, dernier tour de chauffe avant le scrutin présidentiel de 2017. Elle-même sera candidate dans le nord de la France, tandis que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen est en lice dans le sud-est, deux régions dans lesquelles le FN espère pouvoir gagner.

dec-chp/mct