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20/08/2015 11:00 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Face à la pression migratoire, Paris, Londres et Skopje renforcent les contrôles

Face à une pression migratoire inégalée en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, la France, le Royaume-Uni ou encore la Macédoine ont pris jeudi de nouvelles mesures pour renforcer les contrôles aux frontières les plus exposées.

Paris et Londres ont conclu un accord pour renforcer leur coopération dans la lutte contre les passeurs qui aident les migrants à traverser la Manche, notamment en créant un "centre de commandement et de contrôle commun" à Calais, dans le nord de la France, où affluent des milliers de réfugiés désireux de rallier l'Angleterre.

De son côté, la Macédoine a décrété l'état d'urgence dans le sud du pays, confronté à un afflux de migrants en provenance de la Grèce et va engager les forces armées dans cette zone pour aider les autorités locales à faire face.

Environ 340.000 migrants sont arrivés sans visa aux frontières européennes sur les sept premiers mois de l'année, soit trois fois plus que sur la même période en 2014. Et le rythme s'intensifie avec 107.000 arrivées rien que pour juillet, selon l'agence européenne de contrôle des frontières, Frontex.

En première ligne: l'Italie et, plus récemment, la Grèce qui a accueilli depuis janvier 160.000 personnes fuyant souvent la guerre en Syrie, en Irak ou en Afghanistan. Mais les migrants poursuivent leur chemin et tous les pays européens sont concernés. L'Allemagne s'attend ainsi à enregistrer 800.000 demandes d'asile en 2015.

"Conséquence locale de ce problème international", selon les termes du ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve, la région de Calais est très perturbée par l'implantation d'un camp informel, la "new jungle", où s'entassent des migrants dans l'espoir de gagner les côtes britanniques.

"Il faut qu'un signal très fort soit envoyé ici à Calais qu'on ne peut pas passer la frontière que nous gérons en commun", a déclaré jeudi Bernard Cazeneuve, qui a signé avec son homologue Theresa May un accord de coopération renforcée entre les deux pays.

Leur plan est axé sur la sécurité à l'entrée du tunnel sous la Manche, où les tentatives d'intrusion ont déjà ralenti grâce à de nouvelles barrières et de nouveaux renforts, passant de 2.000 par nuit fin juillet à moins de 200 actuellement.

- 'Indifférence générale' -

Le site d'Eurotunnel, déjà équipé de 400 caméras de surveillance ou 2 km de barrières, sera encore sécurisé, avec la création d'une "salle de contrôle intégrée" et des équipes de fouille opérant 24 heures sur 24 pour empêcher toute intrusion.

Concernant la lutte contre les passeurs, le "centre de commandement et de contrôle commun", basé à Calais, "aura pour tâche principale de collecter le renseignement et de coordonner les opérations menées sur le terrain", indique le texte de l'accord.

Outre ce volet sécuritaire, les deux gouvernements ont également pris des engagements humanitaires pour les migrants "les plus vulnérables" financé à hauteur de 10 millions d'euros sur deux ans par les Britanniques, dont l'essentiel de l'effort portait jusqu'à présent sur l'aspect répressif.

Le gouvernement britannique apportera notamment "une aide (...) pour la mise en place d'hébergements dédiés, situés à une distance significative de Calais", l'objectif étant de désengorger la région où les conditions de vie des migrants sont précaires et les passeurs omniprésents.

Le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR) Antonio Guterres a salué cet accord, "en particulier les mesures de protection et humanitaires", tout en soulignant que pour lutter efficacement contre les passeurs, il faudrait "augmenter les recours légaux disponibles" pour que les réfugiés puissent se rendre en Europe.

A l'inverse, des centaines de migrants ont manifesté au départ de la New Jungle pour critiquer le renforcement du contrôle à l'entrée d'Eurotunnel. "Ce n'est pas une solution, liberté de mouvement", "Gouvernement britannique, honte sur toi", pouvait-on lire sur leurs pancartes.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-rouge et du Croissant-rouge (IFRC) a déploré jeudi "l'indifférence générale" devant cette crise humanitaire et exhorté la communauté internationale à se "réveiller".

Le pape François a de son côté recommandé aux catholiques de se "laisser interpeller" et de se mobiliser plus que jamais pour que ces étrangers soient accueillis.

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