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20/08/2015 05:10 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Damien Inocencio, entraîneur en Chine: "Il faut leur transmettre une passion"

Damien Inocencio, ancien entraîneur de Renaud Lavillenie et désormais entraîneur en chef de l'équipe de Chine de saut à la perche, évoque son rôle auprès des athlètes chinois: "il faut leur transmettre une passion", résume-t-il auprès de l'AFP.

Q: Comment en êtes-vous venu à travailler pour la Chine ?

R: "Les premiers contacts remontent alors que j'entraînais encore Renaud Lavillenie, en 2011. Ils ne comprenaient pas pourquoi un gars d'1,76 m comme Renaud pouvait franchir 6 mètres alors que leurs perchistes d'1,90 m en étaient loin. Ils m'ont contacté en 2013, alors que je ne travaillais plus avec Renaud. Mais j'ai préféré continuer à Clermont. Puis, en 2014, j'ai franchi le pas quand ils sont de nouveau venus me chercher".

Q: Comment travaillez-vous concrètement ?

R: "J'ai trois mois d'obligation de présence en Chine. Durant ces trois mois à Pékin au centre d'entraînement national, je dirige les entraînements et je fais aussi de la formation auprès des entraîneurs locaux, des conférences. Le reste du temps, je le passe où je veux avec mon groupe d'entraînement dans le monde. Ce que je vis est très différent de l'image de rigidité qui nous est parfois renvoyée quand on parle de la Chine. Ils sont plutôt souples. Par exemple, j'ai réussi à faire intégrer une fille dans mon groupe d'entraînement car elle était douée. Je peux intégrer les athlètes de mon souhait, à condition d'échanger par mail avec mes responsables en leur expliquant les raisons".

Q: Notez-vous une différence dans la façon de travailler par rapport aux Européens ou autres ?

R: "Les athlètes chinois n'ont pas la culture perche. C'est à dire savoir jouer avec, savoir la maîtriser en dehors du saut conventionnel. Le Français commence entre 10 et 14 ans, parce qu'il a fait de l'athlétisme et parce qu'il était un peu casse-cou. Il a des prédispositions mentales. Le Chinois ne se met pas à faire de la perche. Il fait des haies, de la longueur ou du 200 m. Et s'il n'est pas assez bon, il se retrouve dirigé vers la perche. Mais ce n'est pas suffisant. Nous on a des casse-cou, eux c'est un drame national quand ils tombent par terre. C'est aussi un héritage de la culture chinoise de l'enfant unique. Nous on les laisse vivre, eux le font parce que c'est un métier. Ils n'ont pas la passion qu'on peut avoir nous dans notre sport. Il faut leur transmettre une passion, car ils n'ont pas cette culture de l'athlétisme que nous pouvons avoir en Europe ou aux États-Unis".

Q: Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous vous heurtez ?

R: "Participer à des compétitions. On ne peut pas transporter des perches sur les toits de voitures, on ne peut pas non plus les envoyer par avion. Donc ça passe par le train en fret. Tu dois les envoyer trois jours avant le meeting et tu ne les récupères que trois jours après ! La question des visas est aussi parfois complexe".

Q: La langue est-elle également une difficulté ?

R: "J'ai un traducteur qui parle français, le manageur de la perche qui est mon supérieur hiérarchique. Son boulot, c'est de m'aider sur tout ce qui est administratif, ou technique, médical. Il est toujours présent lors des séances. Mais je veux que mes athlètes parlent anglais, pour qu'ils puissent se déplacer tout seul. Ils doivent aussi se faire comprendre auprès des juges. C'est une manière de les responsabiliser, de les faire entrer dans le cercle de la perche".

Q: L'athlétisme chinois est-il en train d'élever son niveau ?

R: "Les Chinois font peur parce qu'on ne partage rien avec eux. Mais ils sont comme tout le monde. Mon boulot est de leur donner des clés pour que dans dix ans ils soient très bons. Il y a une vraie volonté d'avoir des résultats aux JO. Les Championnats du monde de Pékin arrivent un peu tôt".

Propos recueillis par Frédéric BOURIGAULT

fbr/leh