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20/08/2015 10:50 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Climat: objectifs de réduction d'émissions insuffisants, le succès n'est pas acquis à Paris (Commission)

Les réductions d'émissions proposées à ce jour sont insuffisantes et le succès de la conférence internationale sur le Climat (COP 21) fin novembre à Paris dépendra de l'engagement des participants à revoir à terme leur niveau d'ambition, a confié jeudi à l'AFP le commissaire européen chargé du Climat, Miguel Arias Canete

Question: 53 pays, dont les Etats-Unis et la Chine, ont à ce jour soumis leurs contributions. Vont-elles permettre un accord lors de la Conférence de Paris ?

Réponse: Je suis convaincu que nous parviendrons à un accord à Paris, mais j'ai des doutes sur le niveau d'ambition. Il faut des engagements de réduction des émissions importants. Or, les contributions actuelles, qui couvrent plus de 60% des émissions mondiales, sont insuffisantes et ne permettent pas de limiter à 2°C le réchauffement. Ce qui ne signifie pas que Paris va être un échec.

Q: Quelles sont les conditions pour que la conférence soit un succès?

R: Il faut que soit réaffirmé l'objectif de limiter le réchauffement à 2°C. Il faut un objectif de réduction des émissions à long terme, au moins 60% en 2050 par rapport aux niveaux de 2010, et plus aucune émission en 2100. Il faut des règles pour pouvoir contrôler la mise en oeuvre des engagements pris par les pays. Il faut un processus pour relever le niveau d'ambition tous les cinq ans. Il faut enfin que les engagements nationaux soient contraignants.

Q: Cela pose un problème avec les Etats-Unis, qui refusent tout accord contraignant. Comment éviter un blocage sur ce point?

R: C'est l'une des questions les plus difficiles que nous devrons régler et pour le moment aucun progrès n'a été réalisé. Le problème n'est pas seulement avec les Etats-Unis. Beaucoup de pays ont des réserves sur ce point. L'UE est clairement en faveur du caractère contraignant. Le problème est que les pays qui refusent n'ont toujours pas proposé de mécanisme alternatif qui puisse garantir qu'ils respecteront leurs engagements. Pour que Paris soit un succès, nous avons besoin que tous les grands émetteurs soient impliqués. Il faut que les pays importants du G20 que sont le Brésil, l'Argentine, l'Inde, l'Indonésie, l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud et la Turquie soumettent sans attendre leurs contributions. Car nous devons avoir avant Paris une idée claire de la situation et c'est pour cette raison que la Commission et le Maroc, qui présidera la COP22, ont organisé une conférence internationale les 12 et 13 octobre à Rabat.

Q: Mais si les engagements ne sont pas contraignants et si l'objectif de limiter le réchauffement à 2°C n'est pas atteint, comment pourra-t-on dire que Paris est un succès?

R: Si Paris fixe un objectif de réduction des émissions pour le long terme, si Paris établit des règles de contrôle des engagements, si Paris établit un processus permanent de révision des engagements et si les Etats acceptent volontairement d'assumer de nouveaux objectifs, alors nous aurons fait une grande avancée. Le caractère obligatoire des engagements et le financement pour aider les pays en voie de développement seront les sujets qui se régleront tout à la fin de la conférence. Mais ce seront deux semaines très difficiles.

Q: La France, qui organise la Conférence, a proposé de réunir les dirigeants des pays participants pour l'ouverture des travaux. Est-ce judicieux?

R: La France est très respectueuse du processus des Nations Unies et c'est très intelligent. Paris ne sera pas un sommet comme les autres. Jamais ne pourront être réunies des conditions aussi favorables. Inviter les chefs d'Etat au début de la COP pour qu'ils lancent un message très clair sur la nécessité de parvenir à un accord ambitieux est une très bonne idée. L'erreur aurait été de les convoquer pour la phase finale, pour prendre des décisions que les ministres ont été incapables de prendre. C'est ce qui a été fait à Copenhague et ce fut une catastrophe. Il ne faut pas la répéter.

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