NOUVELLES
20/08/2015 10:04 EDT | Actualisé 20/08/2016 01:12 EDT

Burundi: Pierre Nkurunziza, président de par la volonté divine, après des années de maquis

Chef rebelle durant la guerre civile burundaise qui fit 300.000 morts entre 1993 et 2006, Pierre Nkurunziza survit quatre mois, gravement blessé, dans des marécages. Dieu, dit-il, lui est alors apparu pour lui annoncer qu'il dirigerait un jour le Burundi.

En prêtant serment jeudi, pour un 3e mandat controversé qui a plongé son pays dans une crise politique émaillée de violences, il a menacé ceux ont fait voeu de le renverser d'avoir "à faire au Dieu Tout-puissant".

Au pouvoir depuis 2005, ce Hutu - l'ethnie majoritaire - de 50 ans au crâne rasé, grand sportif et chrétien évangélique "born again" prosélyte, peut croire en la Providence. Avant de prêter serment jeudi, il a dû affronter les pressions internationales, une fronde interne, une tentative de coup d'Etat militaire et six semaines de manifestations populaires à Bujumbura.

Pierre Nkurunziza est né le 18 décembre 1964 dans une famille aisée. En 1972, son père est tué lors de massacres ethniques qui déciment l'élite hutu. "Nkurunziza, comme la plupart des dirigeants de la rébellion des FDD", formée au début de la guerre civile, "est un orphelin de 1972", explique un haut fonctionnaire.

A la sortie du lycée, il veut devenir officier ou économiste, mais les restrictions contre les Hutu instaurées par le pouvoir tutsi d'alors, l'en empêchent. En 1991, il devient professeur d'éducation physique, et rejoint en 1995 la rébellion hutu, où il se convertit.

"Nkurunziza croit (...) qu'il est président de la République de par la volonté divine" et "organise donc toute sa vie et sa gouvernance" en conséquence, confirme le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe. Chaque année, lors de grandes "croisades de prières", le président et son épouse, pasteure évangéliste, prêchent devant citoyens et hauts responsables.

Ceux qui le connaissent le décrivent volontiers aussi comme "impitoyable".

- Equipe de foot et chorale -

La répression de la contestation contre le 3e mandat a été brutale - une centaine de morts. La purge au sein du parti implacable: la centaine de cadres s'étant publiquement opposés à son 3e mandat ont perdu leurs postes, certains sont en prison, d'autres ont choisi la clandestinité. Des caciques du régime ont pris le chemin de l'exil, dénonçant menaces et intimidations.

"Sous ses dehors de gentil, c'est un homme impitoyable", résume un ancien proche. "Gare à ceux qui se mettront en travers de sa route", avertissait-il avant la présidentielle du 21 juillet, lors de laquelle M. Nkurunziza a recueilli 69,41% dès le premier tour mais jugée non crédible par la communauté internationale.

Pour se faire réélire, il a pris le risque de diviser profondément le Burundi, plongé dans sa pire crise depuis la guerre civile. Et de l'isoler sur la scène internationale et de le priver d'aide extérieure, vitale au pays, l'un des moins développés au monde.

Formé par des années de maquis, "Nkurunziza est quelqu'un qui a un instinct de survie et de maintien au pouvoir très élevé, quelqu'un de très calculateur qui s'est mis à travailler pour sa prochaine réélection dès qu'il a été élu en 2005", assure Innocent Muhozi, président de l'Observatoire de la presse au Burundi (OPB).

"Ce sont ses détracteurs qui tiennent ce genre de discours", balaie Willy Nyamitwe qui détaille la semaine de travail de M. Nkurunziza: du lundi au jeudi, le président rejoint son bureau à 06H30 après une heure de natation, repart dans l'après-midi pour jouer au football ou au basket. Puis "il monte à l'intérieur du pays à la rencontre de la population, pour s'adonner aux travaux communautaires, avant de consacrer le dimanche à sa famille".

Un emploi du temps qui fait tiquer ses détracteurs. "Ce président passe son temps à construire des écoles, pétrir le ciment ou la boue, jouer au football ou prier et n'a pas le temps de s'occuper des dossiers", ironise l'opposant Léonce Ngendakumana.

M. Nkurunziza se déplace rarement sans sa propre équipe de football et sa chorale, jouant avec des équipes locales et organisant des prières là où il passe.

Pour ses nombreux partisans, cela ne l'empêche pas d'avoir réalisé une oeuvre "titanesque", notamment la construction de plus de 5.000 écoles et dix stades omnisports, dont un, dans sa localité natale, à Buye (nord), lui est exclusivement réservé.

Alexis Sinduhije, opposant en exil, fait un autre bilan: "La pauvreté s'est accrue, les violations des droits de l'Homme sont la règle et la corruption s'est généralisée depuis que Nkurunziza est au pouvoir".

esd-aud-ayv/sba