POLITIQUE
17/08/2015 08:55 EDT

Élections fédérales 2015 : journée de porte-à-porte avec l'ex-chef du Bloc québécois Mario Beaulieu (ENTREVUE)

PC

Après un bref mandat à la tête du Bloc québécois, Mario Beaulieu sillonne les rues de la circonscription de Pointe-de-l’Île tous les jours afin de contrecarrer la deuxième vague orange. Le Huffington Post Québec l’a accompagné lors une séance de porte-à-porte.

Dans le local électoral de la rue Notre-Dame, dans l’est, les bénévoles sont attendus pour aller cogner aux portes, comme à tous les jours. Assis au fond, Mario Beaulieu répond frénétiquement à ses courriels quand il n’est pas occupé à répondre à son cellulaire.

Au moment de l’entrevue, il le met sur silencieux. « Je suis avec une journaliste, c’est une bonne excuse », lance-t-il à la blague.

Le fondateur du Mouvement Montréal français a cédé sa place à Gilles Duceppe, il y a deux mois. Mais Beaulieu répète que cette décision n’était en aucun cas un aveu d’échec, mais bien une « décision stratégique » pour le mouvement indépendantiste.

« Je n’ai pas d’objectif de carrière, je suis là pour la cause, dit-il. J’ai vu que c’était la meilleure stratégie pour s’assurer une victoire au Bloc québécois. »

De son propre aveu, le parti bénéficie d’une bien meilleure couverture médiatique depuis le retour de son ancien chef, qui avait démissionné en 2011 après avoir fait élire seulement quatre députés.

Duceppe aura également permis de convaincre d’anciens députés de revenir, comme Claude de Bellefeuille, ou encore d’aller chercher des recrues bloquistes telles que Sophie Stanké ou Charles Mordret.

Que se serait-il passé s’il avait refusé de revenir dans l’arène politique ? « On aurait mis les bouchées doubles » lance Beaulieu, avant de se targuer d’avoir recruté des candidats de « grande qualité » - des jeunes pour la plupart – qui assureront la « relève » du mouvement indépendantiste.

Car pour l’éternel militant, tout est question de calculs. Cette élection est cruciale pour le Bloc québécois, qui devra faire converger les forces souverainistes et convaincre la population de la nécessité d’un pays d’ici 2018, année où Pierre Karl Péladeau pourrait devenir premier ministre.

« Ce qu’on sent, c’est qu’il y a vraiment un nouveau cycle qui commence, estime Beaulieu. S’il y a une promotion active de l’indépendance dans les trois prochaines années, je pense qu’on va augmenter l’appui à l’indépendance, on va peut-être se retrouver au seuil d’une démarche qui va créer un pays. »

La marche vers l’indépendance… sous la pluie

Fruit du hasard, tous les balcons du premier bloc appartement où l’on se dirige ce jour-là arborent fièrement les restants de décoration de la Saint-Jean-Baptiste.

Mario Beaulieu propose à l’un des locataires d’aller se chercher une pancarte électorale du Bloc à son local. Il est écrit « Signe de fierté » par-dessus un drapeau du Québec. Les « vraies » pancartes, elles, seront affichées à la fin du mois.

Il s’entretient ensuite avec un autre individu de l’immeuble qui a un Patriote tatoué sur le bras. Sa bénévole Delphine, qui l’accompagne ce jour-là, s’occupe du pointage. Elle note à côté de son nom qu’il votera Bloc sans aucun doute.

« J’espère qu’on va mettre le Canada dehors ! » s’exclame-t-il.

« On y travaille fort, monsieur », répond Mario Beaulieu.

Mais d’autres ne sont pas aussi faciles d’approche. C’est notamment le cas d’une dame qui dit avoir milité pour le « Oui » en 1995, mais qui n’y croit plus. « Il fallait battre le fer quand il était chaud », finit-elle par dire.

Elle explique au candidat bloquiste, qui tente tant bien que mal de lui expliquer l’avantage de la libération des peuples, qu’elle travaille au salaire minimum et a de la difficulté à payer le loyer. Ses « grandes idéologies » se sont envolées.

Quand il rencontre des citoyens qui penchent vers le NPD, Mario Beaulieu se fait plus insistant. Il leur demande de nommer un dossier où les néodémocrates ont défendu le Québec. La question reste souvent sans réponse.

Sinon, il leur parle du dossier des chantiers navals – des contrats d’une valeur de 33 milliards qui a filé entre les mains des Québécois – ou encore du port du niqab toléré par le NPD dans les cérémonies de citoyenneté. Ça fait réagir les gens, dit-il.

À certains égards, le « NPD est même plus dangereux que Harper », selon Beaulieu.

« Hey, vous avez ben appris ce qu’il faut dire aux portes ! » lui lance un homme rencontré sur la rue qui disait que le NPD, c’était « pas pire, cette affaire-là ».

Le candidat se défend de faire preuve de démagogie envers ses adversaires, en les accusant d’avoir permis aux conservateurs de former un gouvernement majoritaire en 2011. « Dans les faits, c’est ça qui s’est passé », répond Beaulieu, qui ne croit pas qu’il y a là un lien de causalité.

Mais si le ciel est bleu, il était grisâtre ce jour-là. Mario Beaulieu devra convaincre les électeurs de l’est de Montréal des bienfaits de sa stratégie pour l’indépendance, tout en affrontant la députée sortante Ève Péclet, du NPD, et le député sortant de Repentigny, Jean-François Larose, qui tente une percée pour Forces et démocratie.

L’ancien chef du Bloc québécois n’aime pas l’expression « c’est maintenant ou jamais » pour décrire l’élection à venir, qui sera déterminante pour l’avenir du parti. « Il y a des hauts et des bas, mais on va continuer », dit-il.

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