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16/08/2015 16:57 EDT | Actualisé 16/08/2016 01:12 EDT

Propriété étrangère dans l'immobilier: des experts saluent la promesse de Harper

TORONTO — Des économistes et des chercheurs applaudissent la promesse électorale du chef conservateur Stephen Harper de collecter des données sur la propriété étrangère dans le marché immobilier, mais préviennent qu'il faudra obtenir plus d'information avant d'envisager des politiques restreignant cette pratique.

«Obtenons d'abord l'information, et ensuite nous déciderons», résume l'économiste de la CIBC Benjamin Tal.

S'ils sont réélus, les conservateurs dépenseraient un demi-million de dollars dès l'an prochain pour amasser des informations sur le nombre d'investisseurs étrangers possédant des maisons à travers le pays. Le dossier a fait l'objet d'un débat enflammé récemment, en particulier à Vancouver, où le prix moyen d'une maison unifamiliale est de plus d'un million de dollars.

Lors d'un événement dans cette ville il y a quelques jours, M. Harper a suggéré que les conservateurs étaient prêts à travailler avec les provinces pour s'assurer que l'achat de maisons par des investisseurs étrangers non résidants ne nuise pas «à la disponibilité et à l'accessibilité des maisons pour les Canadiens».

M. Tal juge «très positive» la promesse d'amasser des données sur cette question, affirmant que «peu importe qui gagne ces élections, c'est une chose dont nous avons désespérément besoin».

Néanmoins, estime-t-il, il est peu probable que les investisseurs étrangers — qui tendent à favoriser le segment le plus luxueux du marché — aient un impact notable sur l'accessibilité des maisons moyennes.

Les données sur les investisseurs étrangers dans le marché immobilier canadien sont «largement anecdotiques», souligne Adrienne Warren, économiste à la Banque Scotia.

«Nous sommes présentement très limités quant à ce qui est disponible», indique-t-elle.

La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), qui est le principal assureur de prêts hypothécaires au pays, a sondé des gestionnaires d'immeubles en copropriété pour connaître le pourcentage de condos détenus par des étrangers dont le principal lieu de résidence est à l'extérieur du pays.

Ces données, que plusieurs ont jugées étonnamment basses, s'appuient sur des informations précises transmises par des gestionnaires d'immeubles, mais ne comprennent pas les maisons unifamiliales.

Les économistes sont divisés sur les mesures que le gouvernement devrait prendre si de nouvelles recherches montrent que la propriété étrangère est plus répandue qu'on le croit actuellement.

«Nous avons un marché très ouvert et je ne suis pas sûre que nous aimerions voir la mise en place de restrictions», a affirmé Mme Warren.

M. Tal, pour sa part, ne serait «pas surpris» que certaines mesures soient adoptées pour limiter la pratique.

Le directeur du Centre en économie urbaine et immobilière de l'Université de la Colombie-Britannique, Tsur Somerville, estime que toute éventuelle politique sur la propriété étrangère dans le marché immobilier devrait être élaborée au niveau régional.

Cela s'explique par le fait que dans certains marchés, les investisseurs étrangers sont souhaités — par exemple, pour l'achat de maisons à étages ou de résidences de vacances par des citoyens américains dans les Maritimes.

«Pour les endroits qui dépendent du tourisme, la propriété étrangère est en fait assez importante, parce que ce sont des touristes qui sont susceptibles de revenir régulièrement», explique M. Somerville.

«Cela est différent de la façon dont les choses se passent à Toronto et Vancouver, où l'on s'inquiète davantage des propriétaires absents et des prix pour les gens du coin. Donc ce n'est pas si difficile si on prend ces éléments en considération plutôt que d'appliquer une politique uniforme dans tout le pays.»

Alexandra Posadzki, La Presse Canadienne