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16/08/2015 11:42 EDT | Actualisé 16/08/2016 01:12 EDT

Kiir et Machar, frères ennemis de la politique sud-soudanaise

Le président du Soudan du Sud Salva Kiir et son rival Riek Machar sont depuis vingt mois aux prises avec un conflit qui ensanglante le plus jeune pays du monde.

Le gouvernement et les rebelles, soumis à une forte pression internationale, ont jusqu'à lundi pour signer un accord pour mettre fin à la guerre civile.

Le conflit a débuté en décembre 2013, dans la capitale Juba, lorsque Salva Kiir, un Dinka, a accusé son vice-président --de l'ethnie Nuer-- Riek Machar, tout juste limogé, de fomenter un coup d'État.

Les violences, à forte connotation ethnique, ont fait des dizaines de milliers de morts, avec de terribles atrocités contre les civils. Plus de deux millions de personnes ont fui leurs foyers.

Les deux hommes étaient liés par un combat commun au sein de la longue rébellion sudiste contre Khartoum (1983-2005), mais aussi par d'anciennes et profondes inimitiés.

Voici leurs portraits.

SALVA KIIR:

Reconnaissable à son chapeau de cowboy coiffant sa haute taille, Salva Kiir a passé de longues années de maquis avec la rébellion sud-soudanaise combattant l'armée de Khartoum.

Chef militaire, il devient dirigeant politique avec réticence, à la mort, en 2005, dans un accident d'hélicoptère, du chef historique de la rébellion, John Garang.

Il lui succède en tant que président de la région autonome du Sud-Soudan, avant de devenir le premier chef de l'État du Soudan du Sud indépendant, le 9 juillet 2011. Il hérite d'une tâche colossale: bâtir un pays ravagé par 22 ans de guerre civile, extrêmement pauvre et dépourvu de la moindre infrastructure malgré de considérables réserves pétrolières.

Né en 1951 dans l'État reculé et pastoral de Warrap, dans l'ethnie Dinka, Salva Kiir a passé l'essentiel de sa vie les armes à la main et porte toujours son épaisse barbe des années de maquis.

Il a combattu aussi bien durant la Première guerre civile (1956-1972) que durant la Seconde (1983-2005), qui a débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud. Il a toujours été un ardent défenseur de la sécession du Sud.

Avare de sourire, le regard dur sous son chapeau offert par l'ancien président américain George Bush, peu flamboyant et pas très communicatif, Salva Kiir est un catholique pratiquant qui prend régulièrement la parole pendant les offices dans la Cathédrale de Juba.

Le 24 mars 2015, son mandat a été prolongé jusqu'en 2018, au grand dam de la rébellion.

RIEK MACHAR

Charismatique, Riek Machar avait charmé nombre de responsables de la communauté internationale avec son large sourire et son éloquence. Mais il était très controversé au Soudan du Sud où ses retournements d'alliances lui valaient la méfiance de nombreux Sud-Soudanais.

Né en 1953 dans l'État pétrolier d'Unité, il est issu d'une branche du peuple Nuer, à la fois éleveur et agriculteur, dont il ne porte pas la traditionnelle scarification sur le front.

Intellectuel, il s'est élevé par l'éducation. Après un diplôme d'ingénieur à Khartoum, il obtient un doctorat d'une université britannique. Alors qu'éclate la Deuxième guerre civile soudanaise, il rejoint, suivi par de nombreux Nuer, la rébellion de la SPLA jusque-là essentiellement constituée de Dinka.

Il s'oppose à John Garang et à ses proches, dont Salva Kiir, et tente un putsch qui échoue en 1991. La rébellion se fracture le long de lignes ethniques et il est accusé d'avoir ordonné le massacre par ses troupes de milliers de Dinka à Bor cette année-là.

Il crée un groupe rival, qu'il rallie un peu plus tard à Khartoum. Ses troupes servent alors de supplétifs contre la SPLA, qu'il réintègre au début des années 2000.

Salva Kiir le nomme vice-président en 2005, d'abord de la région autonome du Sud-Soudan, puis en juillet 2011 du Soudan du Sud indépendant.

Riek Machar va tenter de se refaire une réputation, ternie lors de la guerre civile, notamment en menant des négociations - finalement infructueuses - pour persuader le chef de la cruelle rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, de déposer les armes.

Le 23 juillet 2013, Salva Kiir limoge l'ensemble de son gouvernement ainsi que Riek Machar, qui dénonce l'attitude "dictatoriale" du président Kiir, étalant pour la première fois au grand jour les graves dissensions au sein du régime. Le conflit éclate en décembre 2013 au sein de l'armée sud-soudanaise.

Début août, plusieurs chefs rebelles, dont Peter Gadet, chef de guerre frappé par des sanctions de l'ONU, ont annoncé faire scission de la rébellion.

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