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15/08/2015 00:45 EDT | Actualisé 14/08/2016 01:12 EDT

Quel que soit le président élu, l'économie argentine va s'ouvrir

Quel que soit le prochain président élu, l'Argentine, 3e économie d'Amérique latine, s'achemine vers une libéralisation de son économie, gérée de manière protectionniste durant la présidence de Nestor puis Cristina Kirchner.

Pour la présidentielle du 25 octobre, trois candidats se détachent: le gouverneur Daniel Scioli, soutenu par la présidente de gauche Cristina Kirchner mais plus modéré, le maire conservateur de Buenos Aires Mauricio Macri et un candidat de centre droit Sergio Massa, crédités de 39%, 30% et 20% des intentions de vote.

En priorité, le prochain président devra régler le conflit avec les "fonds vautours" sur un résidu de dette issu de la faillite argentine de 2001, pour redonner confiance à de potentiels investisseurs, notamment dans les gisements prometteurs de Vaca Muerta (gaz et pétrole de schiste) dans le centre du pays.

Sans dévoiler sa stratégie, Scioli promet des changements "graduels", alors que ses adversaires sont partisans "d'ajustements plus traditionnels", considère Pablo Tigani, directeur de l'institut économique privé Hacer.

Les milieux d'affaires réclament des changements depuis des années, se plaignant du contrôle des changes, de la limitation des importations, de l'inflation et de la hausse du coût de la main d'oeuvre.

Ils seront désormais face à un nouveau dirigeant: Cristina Kirchner, au pouvoir depuis 2007 après avoir succédé à son mari Nestor Kirchner (2003-2007), ne pouvait pas se présenter pour un 3e mandat consécutif, selon la constitution.

"Peu importe le président, il y aura des changements. Il n'est pas possible de continuer de surévaluer le peso par rapport au dollar et aux monnaies des partenaires commerciaux de l'Argentine", note l'économiste Lorenzo Sigaut Gravina, pour qui une dévaluation en 2016 est inévitable.

L'accès aux devises étant limité, un marché noir a émergé, où le dollar s'échange contre plus de 15 pesos. Il vaut 9,25 pesos au taux officiel.

Juan Pablo Ronderos, analyste du cabinet de conseil Abeceb, observe qu'aucun des candidats ne prononce le mot dévaluation, synonyme d'inflation et de perte de pouvoir d'achat, pour ne pas effrayer les Argentins, traumatisés par la crise de 2001.

Mais selon lui, celle-ci sera inévitable, devant atteindre 20-25% dans les trois premiers mois de 2016.

- 2016, 'année de transition' -

Que Scioli ou Macri gagne, dit M. Ronderos, "il y aura forcément un changement dans l'économie. 2016 sera une année de transition, une année difficile, notamment le premier semestre, car c'est durant cette période qu'il faudra agir".

Il anticipe notamment la suppression des subventions aux transports en commun, aux factures d'électricité et de gaz.

La politique économique n'est pas pour l'instant au coeur de la campagne électorale.

"La perception - positive - de l'économie est liée au premier mètre carré qui entoure l'électeur: il a un frigo plein, une télévision au mur, un emploi et il arrive à joindre les deux bouts", remarque le politologue Pablo Knopoff.

Pourtant, les indicateurs inquiètent. Le déficit budgétaire dépasse 5%, l'économie flirte avec la récession, la balance énergétique est déficitaire, le cours du soja baisse.

Les exportations argentines baissent depuis 2013, quand l'économie de son principal partenaire commercial, le Brésil, a commencé à donner des signes de faiblesse.

La dévaluation du yuan a encore obscurci le panorama, la Chine étant un grand acheteur de matières premières ou de produits agricoles argentins.

Pour Mario Blejer, conseiller de Daniel Scioli, "une clé sera de générer de la confiance car le déficit majeur est celui de l'investissement".

Pablo Tigani se montre optimiste quant à l'avenir de l'Argentine. "Il est évident qu'il y a des déséquilibres macroéconomiques, reconnaît-il, mais l'Argentine est désendettée. Et je ne vois aucun problème insurmontable en matière fiscale, de change ou monétaire".

Après le défaut de paiement de 2001, le pays sud-américain a remonté la pente et remboursé ses dettes, grâce notamment à ses exportations agricoles, surfant sur la hausse des cours mondiaux.

Buenos Aires a restructuré sa dette avec 93% de ses créanciers privés, mais subsiste un contentieux sur 7%, avec des fonds spéculatifs qui refusent tout allègement de dette, comme l'ont consenti la quasi-totalité des détenteurs de bons.

Roberto Lavagna, ministre de l'Economie après la crise de 2001, met cependant en garde face "au grand risque de tomber dans le piège de politiques d'ajustement" préconisées par le FMI.

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