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14/08/2015 22:44 EDT | Actualisé 14/08/2016 01:12 EDT

Pourquoi le sanctuaire Yasukuni de Tokyo est-il au centre d'une interminable polémique?

Les visites de personnalités politiques japonaises au sanctuaire Yasukuni de Tokyo suscitent la colère des Chinois et Sud-Coréens. Pourquoi ce lieu de culte est-il au coeur d'une interminable polémique depuis plus de 30 ans?

Question: Quelle est la vocation de ce sanctuaire?

Réponse: C'est un lieu de culte shintoïste, une des deux principales religions du Japon. Il a été édifié sous un autre nom en 1869, initialement pour rendre hommage aux soldats alors morts pour l'empereur. Rebaptisé Yasukuni en 1979, y sont désormais honorés quelque 2,5 millions de militaires qui ont péri pour le pays lors des conflits depuis l'ère Meiji débutée en 1868. Il est passé sous statut privé, indépendant de l'Etat, après 1945.

Q: Pourquoi suscite-t-il tant de colère en Chine et en Corée du Sud ?

R: La polémique est née après l'inscription en secret en 1978 des noms de 14 Japonais condamnés comme criminels de guerre par les Alliés après la capitulation du Japon le 15 août 1945.

La Chine et la Corée du Sud, victimes du militarisme nippon dans la première moitié du XXe siècle, vivent comme un affront l'honneur posthume fait à ces personnes. Depuis, chaque visite d'un quelconque représentant de l'Etat nippon provoque l'ire de Pékin et Séoul pour qui le sanctuaire Yasukuni glorifie l'impérialisme japonais.

Q: Les Premiers ministres japonais se rendent-ils aussi à Yasukuni et, le cas échéant, comment justifient-ils leurs visites ?

R: Contrairement aux parlementaires ou à des ministres qui le visitent jusqu'à plusieurs fois par an, les chefs de gouvernement en exercice ont tendance à s'abstenir de fréquenter le Yasukuni-jinja afin de ne pas envenimer la situation avec les pays voisins.

Seuls six d'entre eux s'y sont rendus depuis qu'a été révélée en 1979 l'inscription des criminels de guerre, certains à titre personnel.

L'actuel Premier ministre Shinzo Abe n'y était pas allé lors de son premier passage à la tête du pays en 2006-2007, disant ensuite en avoir souffert, mais en décembre 2013 il a franchi le pas pour marquer le premier anniversaire de son retour au pouvoir. Outre les habituelles condamnations sud-coréenne et chinoise, il s'était attiré les remontrances de Washington.

Plusieurs de ses prédécesseurs de droite, dont Junichiro Koizumi, qui s'est rendu chaque année au Yasukuni lors de son mandat entre 2001 et 2006, expliquent qu'il est naturel pour les responsables gouvernementaux de rendre hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la patrie, comme c'est le cas dans de nombreux pays. Ils ajoutent que ce geste ne doit pas avoir de conséquences politiques et encore moins diplomatiques.

L'empereur Hirohito a visité le sanctuaire à huit occasions, mais n'y est jamais retourné après 1975. Son fils Akihito ne s'y est jamais rendu.

Q: Y-a-t-il une polémique autour du Yasukuni au Japon même ?

R: Oui. Le sanctuaire qui accueille un très large public n'est pas mis en cause en tant que tel, mais la légitimé des visites des chefs de gouvernement fait débat.

Les Japonais sont depuis longtemps divisés sur la question. Les partisans de ces visites estiment que les dirigeants politiques se doivent de rendre hommage aux soldats tombés pour leur pays, quelles que soient les réactions à l'étranger. Mais les opposants soulignent que ces visites créent des problèmes diplomatiques avec les voisins du Japon qui ont souffert des exactions de l'armée impériale.

Cependant, les demandes répétées d'excuses de la Chine et des deux Corées ont durci la position de nombre de Japonais, qui estiment que leur pays a déjà suffisamment fait acte de contrition.

Des politiciens réformistes ont tenté de faire construire un lieu de mémoire sans caractère religieux pour honorer les morts des conflits et remplacer ainsi le Yasukuni.

D'autres ont suggéré de retirer les noms des 14 individus problématiques, mais aucune idée ne semble être satisfaisante car toutes se heurtent à des difficultés diverses, d'ordre idéologique, religieux ou constitutionnel.

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