POLITIQUE
15/08/2015 08:55 EDT | Actualisé 15/08/2015 09:22 EDT

La remontée des Libéraux laisse entrevoir une véritable course à trois

Même si les prévisions sont loin de leur être favorables, les Libéraux sont de retour dans la course. Les plus récents sondages leur donnent une raison d’espérer pour la première fois depuis le 2 août, jour du déclenchement de la campagne électorale fédérale.

Après une longue attente, les résultats des sondages Forum, Ipsos, Ekos et Mainstreet ont en effet été divulgués cette semaine. Vous trouverez les détails de leur méthodologie respective au bas de cet article.

Le graphique ci-dessous dresse un portrait de tous les sondages effectués au cours de la présente campagne. La date indiquée correspond à la date moyenne de collecte des données.

Comme vous pouvez le constater, il n’y a presque pas de mouvement. Le sondage du 2 août, plaçant le NPD largement en tête, fait maintenant figure d’exception. L’on observe une légère tendance à la hausse chez les Libéraux, dont le Huffington Post Canada avait déjà fait mention la semaine dernière.

Prenez note que les résultats indiqués dans ce graphique peuvent différer de ceux annoncés par les firmes de sondages, puisque les indécis ne sont pas répartis de manière proportionnelle. Nous avons en effet décidé de les répartir en donnant un léger avantage au Parti conservateur, suivi du Parti libéral et du NPD en proportion égale. Les tiers partis ne font aucun gain. Notre choix a été motivé par la tendance des sondeurs à sous-estimer le gouvernement sortant et à surestimer les tiers partis. Il nous a été très utile pour prédire l’issue du plus récent scrutin albertain.

Par ailleurs, nous avons utilisé les résultats disponibles dans chaque province et les avons transposés en nombre de sièges pour obtenir les prédictions suivantes. De haut en bas, vous verrez les intentions de vote, le nombre de sièges prévus avec intervalle de confiance, ainsi que la probabilité de voir chaque parti obtenir le plus grand nombre de sièges.

Le portrait global demeure donc le même qu’il y a deux semaines. Il s’agit essentiellement d’une course entre le Parti conservateur et le NPD. Le Parti libéral de Justin Trudeau n’a quasiment aucune chance d’obtenir une pluralité des sièges. Ces probabilités ont été obtenues en effectuant 5000 simulations tenant compte de l’incertitude des sondages (sous-estimation ou surestimation de certains partis), ainsi que de l’efficience du système électoral. En d’autres termes, nous avons calculé 5000 résultats possibles à partir des données dont nous disposions. Pour les Libéraux, l’unique moyen d’arriver en tête serait de déjouer les sondages en faisant « sortir le vote » là où cela compte le plus.

Le Parti conservateur est maintenant le favori. La probabilité que le NPD obtienne un nombre de sièges égal à celui du PC n’est que de 3 pour cent. La tradition électorale veut que le premier ministre sortant ait la prérogative de former un gouvernement, ce qui veut dire que les Conservateurs seront vraisemblablement reportés au pouvoir.

Malgré tout, nous sommes aussi près de l’égalité 50-50 que cela est statistiquement possible. Si l’écart entre les Conservateurs et les Néo-démocrates ne se creuse pas d’ici au 19 octobre, nous assisterons à l’élection fédérale la plus incertaine de mémoire récente. À l’échelle des circonscriptions, l’issue du vote est encore plus imprévisible.

Pour mieux vous situer, les sondages de fin de campagne effectués au cours des plus récentes élections provinciales donnaient tous un favori ayant au moins 90 pour cent de chances de l’emporter.

Si l’on observe les tendances région par région, l’Atlantique reste rouge et Justin Trudeau gagnera la majorité des sièges dans ces quatre provinces. Le Québec est l’une des provinces les plus calmes pour les sondeurs, puisque le NPD est assuré d’y conserver une cinquantaine de sièges au minimum.

L’Ontario reste le principal champ de bataille de cette élection. Nous n’affirmons pas cela dans le but de perpétuer un cliché, mais parce que les trois principaux partis restent quasiment à égalité dans tous les sondages effectués jusqu’ici. Or, il semble que le Parti conservateur dispose d’un léger avantage en termes de sièges.

Les Prairies et l’Alberta demeurent tapissées de bleu, mais les Libéraux et les Néo-démocrates y feront meilleure figure qu’en 2011. Cela signifie que la Colombie-Britannique jouera un rôle décisif dans l’issue de ce scrutin. S’il n’était que de cette province, les troupes de Thomas Mulcair remporteraient l’élection, puisque les sondages les placent en tête des intentions de vote depuis un certain temps. Cela pourrait du moins leur procurer un gain de sièges appréciable.

En somme, la lutte demeure serrée entre le Parti conservateur et le NPD. Justin Trudeau a peu de chances de devenir premier ministre, puisque son parti reste au troisième rang. Le Parti libéral est tout de même sur une pente ascendante, et la performance relativement convaincante de M. Trudeau au débat des chefs y est peut-être pour quelque chose.

Méthodologie des sondages :

1. Le sondage Forum a été effectué les 10 et 11 août auprès de 1392 répondants contactés par téléphone au moyen d’un système de réponse vocale dialoguée (RVD). Sa marge d’erreur est de 3 pour cent, 19 fois sur 20. La question posée était : « Une élection fédérale a été déclenchée pour le 19 octobre. Pour quel parti êtes-vous le plus susceptible de voter dans cette élection? »

2. Le sondage Ipsos a été effectué entre le 7 et le 10 août auprès de 2022 répondants du groupe en ligne d’Ipsos. Un échantillon probabiliste de cette taille possède une marge d’erreur de 2,5 pour cent, 19 fois sur 20. La question posée était : « Selon votre impression du moment, et si une élection fédérale était déclenchée demain, quel candidat ou candidate des partis suivants seriez-vous le plus susceptible d’appuyer? »

3. Le sondage Ekos a été effectué entre le 5 et le 11 août auprès de 3055 répondants contactés par téléphone au moyen d’un système de RVD. Sa marge d’erreur est de 1,8 pour cent, 19 fois sur 20.

4. Le sondage Mainstreet a été effectué les 10 et 11 août auprès de 5401 répondants contactés par téléphone au moyen d’un système de RVD. Sa marge d’erreur est de 1,35 pour cent, 19 fois sur 20. La question posée était : « Si une élection fédérale avait lieu aujourd’hui, quel parti appuieriez-vous? »

Bryan Breguet a un baccalauréat ès sciences en économie de la politique et une maîtrise ès sciences en économie de l’Université de Montréal. Il a fondé en 2010 TooCloseToCall.ca où il fournit des analyses et projections électorales. Il a collaboré avec le National Post, Le Journal de Montréal et l’Actualité.

Cet article initialement publié sur le Huffington Post Canada a été traduit de l’anglais par Pierre-Étienne Paradis.

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