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15/08/2015 07:57 EDT | Actualisé 15/08/2016 01:12 EDT

Explosions au port chinois de Tianjin: des habitants évacués par crainte d'une pollution chimique

Les autorités chinoises ont procédé samedi à l'évacuation des habitations voisines du site des explosions survenues mercredi dans le port chinois de Tianjin, par crainte d'une contamination après la propagation de subtances toxiques sur le lieu de la catastrophe qui a fait au moins 85 morts, selon un nouveau bilan.

Selon l'agence officielle Xinhua (Chine Nouvelle), de nouvelles déflagrations ont retenti dans la matinée projetant une troisième colonne de fumée noire dans les airs.

"Eu égard aux substances toxiques qui se propagent, il a été demandé aux populations avoisinantes d'évacuer", a annoncé l'agence.

Selon le journal Nouvelles de Pékin, l'opération d'évacuation, dans un rayon de trois kilomètres autour du site, a été menée par des policiers en armes après la découverte de cyanure de sodium, un composant chimique hautement toxique, sur le site toujours en proie aux flammes.

Des masques étaient distribués au personnel des services d'urgence à l'entrée de la zone évacuée, où se trouvaient au moins 20 camions de pompiers. La zone elle-même, qui dégageait une odeur âcre, était largement désertée.

Les autorités ont fait appel à des experts de sociétés produisant du cyanure de sodium, qui se sont rendus dans l'unité de stockage de produits dangereux où les explosions se sont produites mercredi.

- Colère des habitants -

Trois jours après la catastrophe, les autorités luttent toujours pour contrôler l'incendie et peinent à identifier précisément les substances chimiques entreposées sur le site.

Les Nouvelles de Pékin a rapporté, en citant des industriels, qu'au moins 700 tonnes de cyanure de sodium étaient entreposées sur le site, et que des doses de cette substance hautement toxique avaient été relevées dans les eaux usées des environs.

Tenus à l'écart d'une conférence de presse de responsables locaux, des habitants en colère et des proches de victimes s'en sont pris samedi aux autorités les accusant de taire l'ampleur de la catastrophe qui a fait 85 morts selon un nouveau bilan fourni samedi par Chine Nouvelle.

"Nous n'avons aucune information, rien, le gouvernement ne nous parle pas, nous sommes laissés dans l'ignorance", s'est écriée une femme, empêchée d'accéder à la conférence de presse par des agents de sécurité.

Parmi les victimes, les sauveteurs ont payé un lourd tribut avec 21 pompiers tués. 721 personnes ont été hospitalisées dont 25 dans un état critique, selon les autorités.

Depuis trois jours, l'inquiétude grandit en raisnon de l'incertitude persistante sur la nature des produits chimiques stockés sur le site des explosions, et des policiers ont été vus en ville portant des masques à gaz.

Devant la presse, un responsable municipal chargé de la sécurité au travail, Gao Huaiyou, a dressé une liste des substances possiblement présentes, citant entre autres parmi les produits ayant récemment transité par le site du bisulfide de sodium, du magnésium, du sodium, du nitrate de potassium, du nitrate d'ammonium et du cyanure de sodium.

"Nous pensons qu'il pourrait y en avoir encore beaucoup de stocké dans les zones du terminal", a-t-il dit.

- violation des règles de sécurité -

Des spécialistes travaillant pour des sociétés produisant du cyanure de sodium ont été sollicités "parce qu'ils sont des experts de la nature du produit chimique et des moyens de le traiter", a-t-il expliqué.

Il a précisé qu'une conduite d'évacuation où ce produit aurait été détecté a été condamnée.

Plus de 200 experts nucléaires et biochimiques de l'armée chinoise ont été déployés jeudi à Tianjin, ville portuaire de 15 millions d'habitants.

Selon certaines informations, les premières équipes de pompiers, arrivées sur les lieux avant les explosions pour éteindre un incendie, auraient arrosé longuement des stocks de substances chimiques dangereuses, ignorant que celles-ci pouvaient détoner au contact de l'eau.

Les pompiers ont suivi les procédures adéquates, a insisté un haut responsable, reconnaissant toutefois qu'ils ne savaient pas quels produits chimiques étaient précisément stockés sur le site.

"On ne sait pas s'il y a eu une réaction chimique", a déclaré Lei Jinde, le chef du service de lutte anti-incendie au bureau de sécurité publique de Tianjin.

"Nous savions qu'il y avait du carbure de calcium (produit dégageant un gaz inflammable au contact de l'eau, ndlr), mais nous ne savons pas si le carbure de calcium a explosé et pris feu", a-t-il ajouté dans une interview publiée par Chine Nouvelle.

Selon le Quotidien du peuple, la construction du site a "clairement violé" les règles de sécurité, notamment celle exigeant que les dépôts de stockage de matériels dangereux doivent se trouver à au moins un kilomètre des bâtiments publics et des routes principales.

Face aux interrogations et à la colère manifestée par la population, les autorités chinoises et les entreprises du secteur de l'internet ont mis en place un système de censure. Plus de 360 comptes sur les réseaux sociaux ont été fermés ou suspendus pour "propagation de rumeurs" sur les explosions, a rapporté l'agence Chine Nouvelle.

"Je préfèrerais ne pas croire que c'est vrai quand je vois toutes ces rumeurs, mais la cruelle réalité a prouvé leur authenticité", a écrit le réalisateur chinois Li Yang, sur un site de microblogging. "Pourquoi l'ont-ils (le gouvernement) caché ?", s'est interrogé le cinéaste, qui a remporté l'Ours d'argent au festival du film de Berlin en 2013.

bur-as/alc