POLITIQUE
14/08/2015 03:14 EDT | Actualisé 14/08/2015 03:26 EDT

Le candidat conservateur Robert Libman ne craint pas d'être hanté par son passé anti-loi 101 (VIDÉO)

Faire table rase du passé le temps d’une élection, est-ce possible? Pour le candidat Robert Libman, qui a joint le Parti conservateur dans la circonscription montréalaise Mont-Royal, cela ne semble pas poser problème. L’ex-chef du Parti égalité, qui a longtemps milité contre la loi 101, croit fermement que les électeurs francophones ne le bouderont pas. Entrevue.

La campagne électorale a débuté il y a une dizaine de jours, mais Robert Libman et son équipe sont sur le terrain depuis des mois déjà. «Le porte-à-porte se passe très bien […] Je n’ai pas eu de réaction agressive», dit l’ancien maire de Côte-Saint-Luc, en entrevue avec le Huffington Post Québec dans le local électoral qu'il a ouvert ce jeudi. Questionné à savoir si des «Québécois de souche» le considèrent comme controversé pour ses positions passées contre la loi 101 et contre l’option souverainiste, M. Libman se tient sur la défensive : «Je n’ai jamais eu de propos francophobes! Et je n’ai pas eu de [commentaires] à ce niveau-là des personnes que j’ai rencontrées [depuis le début de la campagne]».

Fondateur du Parti égalité en 1988, M. Libman est connu notamment pour avoir activement protesté contre le traitement de la communauté anglophone du Québec à la suite de l’adoption de la loi 101. «À l’époque, on a contesté quelques restrictions, on voulait que la loi permette aussi l’affichage commercial en anglais et on l’a obtenu», nuance celui qui a battu l’ex-journaliste Pascale Déry à l’investiture du mois d’avril.

«La langue n’est pas un enjeu fédéral»

Évitant les questions qui replongent trop dans son passé, le candidat répète que les enjeux linguistiques ne sont pas de compétence fédérale, donc qu’il n’est pas pertinent de les aborder à nouveau. «Je suis à l’aise avec mon passé, et tout le monde a un passé de toute façon», lance-t-il. Dans le passé, justement, M. Libman a fait campagne contre la clause voulant faire reconnaître le Québec comme société distincte.

Or, l’année même de son arrivée au pouvoir en 2006, le premier ministre Stephen Harper a déposé une résolution faisant reconnaître la nation québécoise à la Chambre des communes. «Je n’ai aucun problème avec la position du parti.»

«Vous avez donc changé d’idée?»

«J’ai pas changé d’idée. Je pense que la place du Québec au Canada est plus naturelle et stable aujourd’hui.»

Les déconfitures successives du Bloc québécois et du Parti québécois aux dernières élections ne lui ont d’ailleurs pas déplu. «Ça nous encourage beaucoup. C’est un signe que les Québécois sont heureux au sein du Canada. Notre avenir et notre économie y seront toujours plus forts», commente-t-il.

L’électorat juif dans la mire

La pression est forte pour Robert Libman. Alors que Stephen Harper a décidé de lancer la campagne du parti dans la circonscription de Mont-Royal, tous les yeux des conservateurs sont rivés sur le candidat qui tentera de changer la couleur de ce fief libéral. Depuis 75 ans, les libéraux assurent un règne continu dans cette partie de l’île où l’électorat juif compte pour le tiers du vote. Cette année, c’est Anthony Housefather, jusqu’à tout récemment maire de Côte-Saint-Luc, qui représente le Parti libéral du Canada.

Lui-même de confession juive, M. Libman ne cache pas être en pleine opération de séduction auprès de la communauté. «C’est une partie importante de l’électorat. Depuis les deux-trois dernières élections, les électeurs juifs votent de plus en plus pour les conservateurs, et de moins en moins pour le Parti libéral», explique-t-il, ajoutant du même souffle que «l’appui fort» du gouvernement Harper envers Israël est très apprécié de la communauté.

La loi C-51 ne brime pas les libertés

Celui qui se présente comme un défenseur des droits individuels et des minorités se dit tout à fait à l’aise avec la nouvelle loi C-51. Aussi connu sous le nom de loi «antiterroriste», elle vise notamment à accroître l’échange d’informations et prolonge les détentions préventives de personnes suspectes. «Je n’ai pas de problème avec cette loi. Comme on dit en anglais, better safe than sorry», fait valoir Robert Libman.

S’il est élu, M. Libman deviendrait le premier député conservateur sur l’île de Montréal. L’architecte de formation se dit très enthousiaste à l’idée. «Il faut un Montréalais au gouvernement», dit-il. Les questions des infrastructures et de l’urbanisme lui tiennent particulièrement à cœur, lui qui avait d’ailleurs été nommé au comité exécutif de la Ville de Montréal en 2001 afin de s’occuper du nouveau plan d’urbanisme. «De grands projets d’infrastructures attendent la métropole dans les prochaines années, et je vais être là pour m’en occuper», conclut-il d’un air confiant.

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