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14/08/2015 00:45 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Débordée, l'Allemagne loge les migrants sous tentes ou dans des containers

Des tentes, des containers ou des gymnases: c'est souvent un toit de fortune qui attend de nombreux migrants à leur arrivée en Allemagne où l'afflux de demandeurs d'asile contraint Berlin à des solutions d'urgence pour éviter une crise humanitaire.

Ils ont rêvé d'un pays prospère et en paix et ils n'ont trouvé à leur arrivée à Berlin qu'une pelouse rapée jonchée de détritus. Depuis des semaines, des centaines de migrants syriens, afghans ou albanais campent devant le centre de premier accueil de la capitale pour s'enregistrer en tant que demandeurs d'asile.

L'attente dans la chaleur aoûtienne écrasante dure des heures, voire des jours. Les fonctionnaires sont submergés, malgré des journées de travail à rallonge, et n'arrivent pas à endiguer la file d'attente qui serpente devant leur administration.

A Hoyerswerda, en ex-RDA, 17 réfugiés syriens ont même entamé une grève de la faim pour protester contre les délais d'examen de leur dossier.

300.000, 400.000, plus de 500.000: les estimations du nombre de demandeurs d'asile pour 2015 sont régulièrement révisées à la hausse. Au final, le chiffre devrait s'avérer un record historique pour l'Allemagne, déjà première destination européenne des demandeurs d'asile devant la Suède, l'Italie et la France, avec près de 203.000 dossiers déposés en 2014.

Des familles entières arrivent chaque jour fuyant le désespoir à Homs ou Alep, en Syrie. L'Allemagne est leur dernière étape sur la route d'un long et périlleux voyage.

- 'Gestion de crise' -

Pour le seul mois de juillet, l'Office des migrations a enregistré 7.301 demandes d'asile de Syriens, quasiment le triple de juillet 2014.

Mais le bond des demandes est aussi porté par des pays des Balkans, d'où viennent notamment des roms victimes de discriminations au Kosovo ou en Serbie. Leurs chances de voir leur requête aboutir sont nulles, mais en attendant l'Allemagne doit les prendre en charge.

"C'est incompréhensible, inacceptable et honteux pour l'Europe" que les migrants des Balkans engorgent le système, s'est emporté jeudi le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

"Ce que nous faisons, c'est de la gestion de crise. Cela prend des proportions folles", a expliqué Murat Sivri, directeur d'un centre de prise en charge de Dortmund (ouest), contraint de fermer ses portes à deux reprises pour cause de saturation.

Dès lors, au sud de Berlin, des ouvriers s'activent pour achever un "village de containers" qui doit ouvrir à la fin du mois. Empilés sur trois étages, les blocs bleu, vert et jaune serviront d'hébergement provisoire à des réfugiés particulièrement vulnérables: victimes traumatisées de guerre, femmes seules avec enfants, homosexuels.

Dans un autre quartier, c'est un immense dôme gonflable et un plus petit qui ont été installés pour abriter des réfugiés alors qu'à Hambourg (nord), notamment, une cinquantaine de tentes blanches de la Croix rouge ont été dressées dans un parc malgré des protestations de certains habitants.

Les autorités de Berlin ont encore prévu de créer 36 nouveaux lieux d'accueil des réfugiés d'ici 2017.

"Nous ne pouvons pas actuellement nous passer de containers" comme solution d'hébergement, a prévenu Aydan Özogul, chargée des réfugiés auprès de la chancellerie.

- L'armée à la rescousse -

Du grand port de la mer du Nord à la Bavière, grandes villes ou petites communes appellent à l'aide pour prendre en charge les migrants.

Alors la Bundeswehr, l'armée allemande, a été mise à contribution. La ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, a promis de fournir 7.000 places en mettant à disposition soit des casernes, soit des tentes qui seront montées par des soldats.

Et des policiers et enseignants à la retraite de Rhénanie du Nord-Westphalie ont été priés de reprendre du service pour gérer les dossiers des demandes d'asile qui s'empilent.

Des dépendances des camps nazis de Buchenwald et Dachau pourraient même être reconverties en centres d'hébergement, bien que ces projets aient fait grincer des dents.

"Bienvenue dans la République provisoire d'Allemagne", a raillé récemment le quotidien économique allemand Handelsblatt.

Les autorités allemandes savent toutefois que le temps presse. Quand l'automne et ses températures en chute libre apparaîtront, il ne sera plus question de pouvoir accueillir des réfugiés sous des tentes.

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