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14/08/2015 06:31 EDT | Actualisé 14/08/2015 06:38 EDT

«50 Shades! – La parodie musicale» : bien meilleur que l'original!

Vous en avez soupé de 50 Shades of Grey? Même si c’est le cas, ne résistez pas à 50 Shades – La parodie musicale.

Courtoisie

Vous en avez soupé de 50 Shades of Grey? Même si c’est le cas, ne résistez pas à 50 Shades – La parodie musicale. Le spectacle, présentement à l’affiche au Théâtre St-Denis, pourrait bien vous réconcilier avec le phénomène planétaire grâce à son humour délicieux et joyeusement cynique, et au talent de ses interprètes, parmi lesquels se trouvent de véritables perles cachées. 50 Shades – La parodie musicale se prend drôlement moins au sérieux que l’original, et c’est rafraîchissant à voir et à entendre. Et, rassurez-vous, nul besoin d’avoir dévoré la saga littéraire ni le film pour passer un agréable moment.

L’exercice de se moquer de 50 Shades of Grey était périlleux, mais la toute première mouture de 50 Shades – La parodie musicale, née au Festival d’Édimbourg à l’automne 2013, continue de récolter beaucoup de succès à New York et à Las Vegas. Voilà qui était de bon augure pour la transposition québécoise.

Juste assez grivois

De fait, l’œuvre du producteur et metteur en scène Didier Morissonneau, qui a aussi traduit et adapté l’ensemble, tient agréablement la route. Les textes, truffés de savoureuses références locales, à Lance et compte ou à Marie-Mai, par exemple, ne sont ni trop crus, ni trop niais. On a su trouver un ton juste assez grivois pour amuser et surprendre le spectateur. Oui, c’est décapant - l’entrée est d’ailleurs réservée aux 16 ans et plus – mais pas assez pour que ça soit déplacé ou pour crier à la vulgarité gratuite.

Chaque gag salace a sa raison d’être. Et, avouons-le, en se déplaçant pour applaudir un pastiche de roman érotique et sadomasochiste, on espère qu’effectivement, ça égratignera un peu le tympan. On ne tiquera pas d’entendre, par exemple, «Ne prends pas ta douche, ne rase pas ta touffe», que des harmonies se créent au son de «Il fourre!» ou «J’éjacule sur son visage», ou encore qu’on suggère un énergique cunnilingus. Car une certaine finesse, propre au style ironique, enveloppe le tout.

Chapeau à Amélie Veille, qui a adapté les chansons, et créé cette presque émouvante ritournelle Un trou en moi, bel exemple du double sens ici prôné. «Qui viendra verser sa crème dans mon thé… Qui viendra planter sa graine dans mon pré…» Voyez le genre?

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Le niveau d’absurdité et d’irrévérence de 50 Shades – La parodie musicale frôle la perfection. L’idylle torride et légèrement violente de la jeune vierge Anastasia Steele (Ana) et du milliardaire sadique Christian Grey est ici racontée en accéléré, du point de vue de trois membres d’un club de lecture (Sarah Dagenais-Hakim, Vanessa Duchel et Johanne Lapierre), qui plongent dans le célèbre livre et s’émoustillent toujours plus au fil de l’avancement de l’intrigue. À tout instant, sans crier gare, les trois lectrices viennent s’immiscer dans les scènes mettant en vedette Ana et Christian, tout comme l’omniprésente Déesse intérieure (Marina Bastarache).

Les situations frappent toujours dans le mille, qu’Anastasia descende comme si de rien n’était d’un hélicoptère en vol ou que Christian la frappe avec intensité avec une raquette ou une épée fluorescente à la Star Wars, après lui avoir balancé : «Je vais te donner la fessée de ta vie et après on parlera de tes sentiments.»

Souvent, les acteurs interagissent avec le public, ce qui ajoute du poids au second degré qui n’est jamais loin en trame de fond. Jeudi, soir de première médiatique, le parterre était particulièrement réceptif, ce qui ajoutait au plaisir ambiant.

Excellents interprètes

Qui plus est, des clins d’œil à d’autres comédies musicales, comme Les Misérables, sont insérés ici et là. La fresque se termine dans un numéro endiablé aux accents gospel, à la Sister Act.

Les comédiens-chanteurs sont d’une justesse irréprochable. Personne ne joue trop gros, et Dieu sait qu’on aurait pu s’en donner à cœur joie dans la caricature dans un tel cadre. La jeune Albane Chateau, alias Anastasia, est attachante et incarne tout ce qu’il faut de naïveté et de pudeur pour rendre justice à son personnage, et n’en demeure pas moins hilarante. Et quelle voix extraordinaire!

Martin Larocque ne déçoit pas non plus. Dans le complet gris ou la robe de chambre rouge vin de Christian Grey, il est tantôt sensuel, tantôt ridicule, exactement comme le commande son rôle, dans ce contexte de comédie.

On a également craqué pour Léane Labrèche-Dor. Dans la peau de Katherine, la meilleure amie d’Ana, elle est tordante avec ce faux et très exagéré accent français traînant, et constitue un excellent faire-valoir, doté d’une forte personnalité. Dès le début de l’enchaînement, Léane tire son épingle du jeu. Et même si les «enfants de…» n’apprécient pas nécessairement se faire comparer à leurs parents, nous nous devons de mentionner à quel point les intonations de la jeune Labrèche rappellent celles de son père Marc, dans 50 Shades – La parodie musicale. C’est à s’y méprendre.

À la fin de cet audacieux et rythmé collage, on se surprend à penser qu’on en aurait pris encore. En espérant que la production connaisse une longue vie sur les planches du Québec.

50 Shades – La parodie musicale est présentée au Théâtre St-Denis jusqu’à samedi, le 15 août, et partira en tournée en 2016. www.ddaprod.com ou www.moonlightagency.ca pour toutes les dates.