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13/08/2015 07:51 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Un atout nommé Cayer

Pour Jamie Murray, il n'y a pas de victoire possible jeudi soir à la Coupe Rogers. Qu'il gagne ou qu'il perde contre son illustre frère Andy, le joueur de double n'y trouvera pas la gloire.

Un texte de Alexandre Gascon

Voilà l'opinion de Louis Cayer, qui sera assis dans son coin lors du duel qui opposera Jamie Murray et John Peers à Andy Murray et le bon vieux spécialiste de la discipline Leander Paes vers 17 h. Cette figure connue au Québec, ancien entraîneur national émérite, est aujourd'hui établie en Angleterre.

Le Québécois s'occupe spécialement de l'équipe de double de Coupe Davis de la Grande-Bretagne et de son meilleur joueur, Jamie. Le grand frère ne tenait pas plus que ça à affronter son cadet dans le relatif anonymat du terrain no 5.

« C'est une situation difficile pour Jamie, il n'avait pas le goût de jouer contre son frère. Il est tranquillement en train de se faire un nom sur le circuit en double. Et là de jouer contre Andy, ça tombe mal », explique un Cayer détendu, en déambulant dans ses anciens quartiers généraux au stade Uniprix.

« S'il gagne, on va dire que son frère l'a laissé gagner. S'il perd, on va encore dire que les joueurs de simple sont bien meilleurs que ceux de double. C'est une situation perdue d'avance (lose-lose) dans les deux cas », estime l'entraîneur.

Un technicien aux aptitudes reconnues

Sur le terrain no 2, Jamie et son partenaire d'entraînement battent la mesure : service, montée, volée, retour sur la ligne de fond. Le petit jeu se déroule en boucle. Sans relâche, le technicien habile promulgue ses conseils.

De l'avis de plusieurs, dont Andy Murray lui-même, Louis Cayer est un atout inestimable pour la fédération britannique de tennis, la LTA (Lawn Tennis Association).

Réaliser ce qu'ils avaient sur leur pelouse aura pris un certain temps aux Britanniques.

« La première année, quand j'ai appliqué (à la fédération britannique), il n'y avait pas de place pour moi. Mme Murray (Judy, la mère des deux joueurs) m'a engagé pour travailler avec son garçon Jamie. »

Jamie, l'autre joueur de tennis de la famille, dans l'ombre de son frère, dont la carrière en double vivotait... jusqu'à sa collaboration avec Cayer.

En deux ans, Jamie Murray est passé d'un classement qui allait et venait autour du 70e rang, à la 16e place mondiale aujourd'hui. « Ça s'est tellement bien passé entre Jamie et moi, que la fédération britannique est venue me chercher », lance-t-il, une pointe de fierté dans la voix.

L'ancien dominion à la rescousse de la mère patrie

Il y a 250 ans, c'était la Grande-Bretagne qui envoyait ses troupes au Canada. Aujourd'hui, dans le petit monde du tennis, la puissance mondiale appelle en renfort son ancien dominion.

Le Canada qui prête son expertise à la Grande-Bretagne pour développer un sport qu'elle a pourtant pratiquement inventé. L'idée farfelue, une fois prononcée, se serait apparentée à un crime de lèse-majesté autrefois. Plus maintenant.

En plus de l'exil de Louis Cayer, à la base pour une raison de cœur, quoi d'autre, d'autres lui ont emboité le pas.

Récemment, il y a eu Michael Downey. L'ancien président-directeur général de Tennis Canada a traversé l'Atlantique en janvier 2014 pour occuper le même poste à la LTA.

« Le tennis britannique est sur le déclin. Nous devons aller chercher les jeunes dans les parcs pour assurer sa survie », lançait-il cet hiver, candide, aux médias anglais.

Les frères Murray viennent de propulser la Grande-Bretagne en demi-finales de la Coupe Davis pour la première fois en 34 ans.

Le pays a certes été porté par les coups de fouet en coup droit et les retours diaboliques d'Andy, mais également par le flair de Jamie au filet, et le tutorat de Cayer.

« C'est très difficile de comprendre les insuccès en Coupe Davis. Lorsque je suis arrivé il y a une dizaine d'années, il y avait quand même Tim Henman et Greg Rusedski (un Montréalais d'origine), qui étaient deux joueurs du top 4. »

Vrai qu'on est en droit de s'attendre à mieux.

« Au moins à des demi-finales en tout cas...Ce n'est pas arrivé. Ils disaient que ça tombait mal, que les tirages n'étaient pas favorables », poursuit l'entraîneur de Jamie.

Et le problème n'est pas qu'en Coupe Davis. Il aura fallu attendre trois quarts de siècle pour voir un Écossais sauver la couronne britannique à Wimbledon. Andy Murray y est parvenu en 2013...77 ans après Fred Perry.

Auparavant, outre Tim Henman, peu de joueurs ont donné de quoi rêver aux jeunes filles, aux jeunes garçons.

« On sait pas quel est le problème exactement. Si on le savait, on l'aurait corrigé, explique Louis Cayer. Je ne suis pas en charge d'analyser la situation. Est-ce la structure de la fédération, la culture des clubs de tennis? Ce ne serait que de la spéculation. »

Pour déterminer le problème, la fédération fait appel à de nombreux spécialistes. Le dernier en lice, le légendaire Australien Bob Brett qui a travaillé dans le passé avec Boris Becker et Goran Ivanisevic, entre autres.

Après un peu plus d'un an à développer l'élite, Brett a annoncé son départ de la fédération à la fin juillet.

Où le bât blesse-t-il? Personne ne semble être en mesure de le dire.

Mais quand on considère qu'une fédération qui a failli écoeurer Jamie Murray du tennis à jamais lorsqu'il était adolescent après un stage de sept mois dans un centre national de Cambridge, qui a, par la bande, encouragé Andy Murray à s'exiler à l'Académie Sanchez-Casal à Barcelone à 15 ans pour se développer et qui pige un peu de son expertise au Canada pour redresser la barre, on comprend que ça prendra plus qu'une demi-finale de Coupe Davis pour produire à nouveau beaucoup de joueurs du plus haut niveau.

On verrait mal aujourd'hui un Milos Raonic imiter son compatriote Rusedski de l'époque et partir pour l'Angleterre pour profiter d'un meilleur encadrement.

Le Canada fabrique aujourd'hui ses propres champions, et on s'arrache ses meilleurs entraîneurs.