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13/08/2015 05:33 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Passé colonialiste du Japon: l'Asie guette le discours que doit prononcer Abe vendredi

"Excuses", "remords": le choix des mots du Premier ministre japonais vendredi dans sa déclaration pour les 70 ans de la défaite du Japon en 1945 sera crucial pour ses relations avec ses voisins asiatiques victimes des atrocités de l'armée nippone.

Accusé par ses critiques de révisionnisme historique, Shinzo Abe prépare un texte qui sera observé de très près par Chinois et Coréens. L'expansion militaire du Japon entre 1910 et 1945 continue à empoisonner ses relations avec ces deux voisins, et ces pays attendent avec impatience les termes choisis par l'homme politique de droite.

La télévision publique NHK avait récemment affirmé qu'une version de cette déclaration en préparation comprenait les termes "excuses" et "agression".

Ces mots avaient été prononcés dans un geste historique par un de ses prédécesseurs, Tomiichi Murayama, en 1995. Il avait offert des "excuses sincères" et parlé de "profonds remords".

M. Murayama, un socialiste, avait ainsi formulé, au nom du gouvernement japonais, des excuses sans précédent pour les crimes commis par le Japon en Asie avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait notamment reconnu que "la domination coloniale et l'agression" du Japon avaient provoqué de "terribles souffrances" aux pays voisins, dont la Chine et les deux Corées.

Dix ans plus tard, le Premier ministre conservateur Junichiro Koizumi avait employé les paroles clefs de "domination coloniale", "agression", "profonds remords" et "excuses". Mais sous sa direction, de 2001 à 2006, les relations entre Tokyo, Pékin et Séoul s'étaient détériorées, en raison de ses visites répétées au sanctuaire Yasukuni qui honore, au coeur de la capitale, 2,5 millions de victimes de conflits, dont des criminels de guerre.

Fin avril, dans un discours historique devant le Congrès américain, M. Abe, un nationaliste, avait réitéré la position japonaise de repentance, mais sans prononcer les mots d'excuses attendus par Pékin et Séoul, en particulier au sujet des "femmes de réconfort", des milliers d'Asiatiques enrôlées dans les bordels de l'armée impériale nippone.

Ex-dirigeants politiques et historiens japonais multiplient les appels afin que Tokyo reconnaisse ses torts et assume ses responsabilités, en particulier à l'égard des 200.000 "femmes de réconfort", et fasse acte de repentir.

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