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13/08/2015 18:21 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Moins de risques d'accident par oléoduc que par train, selon l'Institut Fraser

CALGARY — Le taux d'incidents ou d'accidents dans le transport du pétrole brut serait quatre fois et demie plus élevé par chemin de fer que par oléoducs, selon un rapport de l'Institut Fraser, publié jeudi.

Pour arriver à ce résultat, l'organisme a utilisé les données compilées par le Bureau de la sécurité des transports du Canada et le ministère fédéral des Transports entre 2003 et 2013. Le «taux d'incidents ou d'accidents» est calculé par million de barils de pétrole brut transportés.

L'Institut Fraser note que l'augmentation de la production de pétrole et de gaz au Canada et aux États-Unis commande une hausse des capacités de transport d'hydrocarbures en Amérique du Nord. Or, le choix du mode de transport devrait être basé avant tout sur la sécurité — et à ce chapitre, c'est l'oléoduc qui s'impose, conclut l'institut.

À Greenpeace, on s'est dit peu impressionné par la conclusion de l'Institut Fraser. «Ils soutiennent qu'entre deux maux, il faut choisir le moindre. Nous, on croit qu'il faut rendre les deux modes de transport plus sécuritaires, tout en réduisant notre dépendance au pétrole», a indiqué le porte-parole Keith Stewart.

Le rapport de l'Institut Fraser cite par ailleurs une étude de 2013, basée sur des données américaines, qui concluait qu'une fuite d'oléoduc provoque un déversement plus important qu'un accident de convoi pétrolier ferroviaire — 42 722 litres par milliards de tonnes-milles transportées, contre 13 264 en train. Par contre, si l'on prend en compte le pétrole que l'on peut récupérer après l'accident, ce bilan serait «sensiblement» réduit, selon cette étude.

La conclusion de l'Institut Fraser a immédiatement réjoui, bien sûr, la société TransCanada (TSX:TRP), qui tente péniblement de faire accepter par les citoyens deux projets d'oléoducs pour «faire sortir» de l'Alberta le pétrole des sables bitumineux — les oléoducs Keystone XL, aux États-Unis, et Énergie Est, vers le Québec et le Nouveau-Brunswick.

Le projet Keystone XL est bloqué à Washington, sept ans après la demande initiale au département d'État, et la décision finale appartient maintenant au président Barack Obama, qui a déjà exprimé de sérieuses réserves. «Si l'analyse est basée non plus sur les symboles mais sur les faits et la science — comme ce rapport et bien d'autres avant lui —, le projet sera approuvé», a estimé jeudi un porte-parole de TransCanada, Mark Cooper.

En attendant la décision de Washington, TransCanada a évoqué l'idée de créer un «pont ferroviaire» pour alimenter les clients américains, mais aucun projet précis n'a encore été annoncé. D'autres producteurs nord-américains examinent aussi des solutions ferroviaires pour acheminer à court terme leur pétrole. Dans un rapport publié en juin, l'Association canadienne des producteurs pétroliers indiquait que le transport de pétrole brut par rail atteignait 185 000 barils par jour en 2014.

L'étude de l'Institut Fraser pourrait aussi servir de munition à TransCanada pour vendre à la population son projet d'oléoduc Énergie Est (4600 kilomètres), qui doit acheminer 1,1 million de barils par jour de pétrole brut de l'Alberta et de la Saskatchewan jusqu'à des raffineries au Québec et au Nouveau-Brunswick, puis à un terminal portuaire de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, pour exportation. Ce projet doit faire l'objet d'audiences de l'Office national de l'énergie l'an prochain.

La Commission de l'énergie de l'Ontario concluait de son côté, jeudi, que le projet Énergie Est comporte plus de risques que d'avantages pour les Ontariens — et qu'il fera en plus grimper le prix du gaz naturel dans cette province, car la section de l'oléoduc entre l'Alberta et l'est de l'Ontario remplacerait en fait un gazoduc existant.

La Presse Canadienne