NOUVELLES
13/08/2015 10:35 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

La Guinée-Bissau sans gouvernement

La Guinée-Bissau a plongé jeudi dans une nouvelle crise politique après la dissolution par le président de la République, José Mario Vaz, du gouvernement du Premier ministre Domingos Simoes Pereira à la suite d'une mésentente au sommet de l'Etat.

"Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Domingos Simoes Pereira est dissous", stipule un décret présidentiel reçu jeudi par l'AFP. Le gouvernement Pereira avait été formé en juillet 2014, après la victoire de José Mario Vaz au second tour de l'élection présidentielle en mai.

MM. Vaz et Pereira sont membres du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir), formation qui a dirigé la lutte pour l'indépendance en 1974 de cette ex-colonie portugaise.

"Il existe une crise mettant à mal le bon fonctionnement des institutions. Les efforts (de conciliation) n'ont pas réussi à résoudre les relations difficiles entre le Président et le Premier ministre", a déclaré M. Vaz dans un discours à la Nation mercredi soir.

"Même si tous les membres du gouvernement avaient été démis de leur fonction, un remaniement ministériel ne saurait résoudre la crise de confiance au sommet de l'Etat", a-t-il indiqué.

"Nos efforts pour trouver une solution ont été vains", a dit M. Vaz, citant plusieurs dossiers litigieux: "la nomination d'un nouveau chef d'état-major des armées, la fermeture de la frontière commune avec la Guinée (à cause de l'épidémie d'Ebola), le manque de transparence dans l'attribution des marchés publics, la corruption, le népotisme, des obstructions à la justice".

Dans un communiqué publié jeudi, le Portugal "regrette profondément l'aggravation de la situation de crise institutionnelle" et "appelle tous les acteurs politiques guinéens à dépasser rapidement leurs divergences à travers le dialogue".

M. Pereira avait annoncé le 7 août la dissolution prochaine de son gouvernement. "Le président m'a dit qu'il ne me fait plus confiance. De nombreuses tentatives ont été faites pour résoudre le différend mais le président a maintenu sa position de dissoudre le gouvernement", avait-il déclaré dans un message à la Nation.

Après la dissolution du gouvernement, le président Vaz doit "demander au PAIGC de lui proposer le nom du futur Premier ministre comme le veut la Constitution", a expliqué jeudi à l'AFP un juriste bissau-guinéen, Carlos Vamain.

Le PAIGC, majoritaire à l'Assemblée nationale avec 57 députés sur 102, devait se réunir jeudi pour s'entendre sur le nom à proposer, selon des sources proches de ce parti présidé par M. Pereira.

Mais le blocage pourrait être entier si le parti choisit de reconduire dans ses fonctions l'ex-Premier Pereira, selon les mêmes sources.

- 'Rester hors de l'arène politique' -

La situation était normale jeudi à Bissau, sans déploiement visible de sécurité, selon un journaliste de l'AFP.

"Depuis deux semaines, nous sommes en alerte mais dans les casernes. Le chef d'état-major (de l'armée, Biague Nantam, nommé en septembre 2014 par le chef de l'Etat) nous a demandé de rester hors de l'arène politique", a déclaré jeudi à l'AFP un responsable de l'armée.

Les militaires sont plusieurs fois intervenus dans des conflits entre les hommes politiques, en s'efforçant de maintenir ou d'évincer des responsables.

Pour résoudre la crise actuelle, le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall - par ailleurs président en exercice de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) - et son homologue guinéen Alpha Condé avaient tenté une médiation.

Le 7 août, ils avaient invité M. Vaz à Dakar où était en visite officielle M. Condé, médiateur désigné par la Cédéao pour la Guinée-Bissau.

Cette crise survient alors que la Guinée-Bissau était sur la voie d'une normalisation politique, après avoir réussi une transition qui a conduit à l'élection de M. Vaz en mai 2014. Cette élection faisait suite à un putsch militaire en avril 2012, suivi d'une transition civile.

Depuis son indépendance, ce pays lusophone de 1,6 million d'habitants a connu plusieurs coups d'Etat - réussis ou avortés.

L'instabilité politique et la pauvreté y ont facilité depuis des années l'implantation de trafiquants de drogue, avec la complicité présumée de hauts responsables de l'armée.

aye-tsc-mrb/cs/fal