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13/08/2015 06:19 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

La corruption, une "épée de Damoclès" avant les élections espagnoles

Un ministre de l'Intérieur qui reçoit l'ancien patron du FMI, Rodrigo Rato, au coeur de plusieurs scandales, un maire qui s'enrichit de la collecte de vêtements usagés: les affaires de corruption éclatent au quotidien en Espagne et pèsent sur l'issue des prochaines élections législatives.

Derniers scandales en date: le ministre de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, doit expliquer vendredi devant le Parlement pourquoi il a reçu dans son bureau le 29 juillet Rodrigo Rato, également ancien ministre de l'Economie, devenu le symbole de la corruption du pouvoir.

Déjà inculpé après la faillite d'une banque qui a coûté des milliards à l'Etat, M. Rato a fait l'objet de plusieurs autres enquêtes pour malversation et fraude fiscale et a été écarté du Parti populaire (PP) au pouvoir.

A l'autre bout de l'échelle, un ancien maire de Morraleja de Enmedio, une commune proche de Madrid, déjà inculpé pour de nombreux délits, a fini par démissionner du PP cette semaine sous le soupçon d'avoir revendu les vêtements usagés collectés pour les pauvres.

La corruption est "une épée de Damoclès" qui menace le PP et ses opposants socialistes du PSOE, à l'approche du scrutin de la fin de l'année, prévenait récemment le journal catalan La Vanguardia dans un éditorial.

La multiplication des affaires a contribué à l'émergence de nouvelles formations, comme le parti de gauche radicale Podemos et les libéraux de Ciudadanos, qui font campagne contre la corruption.

Ils ont infligé une correction aux partis traditionnels lors des élections locales de mai, où les conservateurs ont perdu plusieurs régions et de nombreuses municipalités, y compris la mairie de Madrid.

- Un "fardeau" pour les partis traditionnels -

Les experts divergent sur l'impact de la corruption sur le prochain scrutin.

"Les électeurs ont plus voté alors contre les partis traditionnels que pour les nouvelles formations", assure à l'AFP Manuel Villoria, membre fondateur de l'ONG Transparency International. Selon lui, la corruption demeure "un fardeau" pour les deux partis qui se succèdent au pouvoir depuis le retour de la démocratie.

Pour le PP, il s'agit d'un "handicap" qui pourrait éclipser en partie l'embellie économique de ces derniers mois, assure-t-il, même si ce parti est remonté de 25,6% à 28,2%, en première place dans les intentions de vote selon le dernier sondage du centre d'études sociologiques (CIS) début août.

Edurne Uriarte, professeur de sciences politiques à l'université Juan Carlos I de Madrid, voit au contraire dans ce sondage la preuve que la corruption jouera "un rôle très limité" lors des élections.

Elle rappelle d'ailleurs que les socialistes se sont imposés ce printemps aux élections d'Andalousie "malgré les nombreux cas de corruption accumulés" dans cette région.

Une opinion que ne partage pas Fermin Bouza, sociologue de l'Université Complutense de Madrid. Pour lui, "la crédibilité du PP est au plus bas", ce qui explique que les conservateurs éprouvent des difficultés à récolter les bénéfices de la reprise. Les Espagnols "ne lui font pas confiance et ils n'ont pas encore perçu" l'amélioration de la situation économique, dit-il.

Selon le CIS, la corruption omniprésente demeure la seconde préoccupation principale des Espagnols (43,7%), derrière le chômage (78,8%).

Un trio de jeunes informaticiens en a d'ailleurs fait une application pour téléphone mobile, "maire corrompu". La règle du jeu: "vole tout ce tu peux et amasse une bonne quantité d'argent sur ton compte en Suisse".

Malgré ce contexte, Mme Uriarte prévoit une poursuite du redressement du Parti populaire. "Les bons indicateurs économiques et le souvenir de la gestion maladroite du début de la crise par les socialistes" devraient, selon elle, leur permettre de creuser l'écart d'ici les élections.

Tous les conservateurs ne semblent toutefois pas avoir pris la mesure du problème de la corruption, comme le montre le rendez-vous accordé par Fernandez Diaz à son vieil ami Rodrigo Rato.

En baisse dans les sondages, Podemos et Ciudadanos ont immédiatement exigé la démission du ministre.

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