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13/08/2015 06:41 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Burundi: Nkurunziza a "déclaré la guerre au peuple et doit quitter le pouvoir" (opposition)

Le président burundais Pierre Nkurunziza a "déclaré la guerre à son peuple en s'entêtant à rester au pouvoir", a dénoncé l'opposant historique Léonard Nyangoma, président d'une large coalition d'opposition, qui a appelé au "départ immédiat" du chef de l'Etat et à la mise en place d'un "processus de transition".

"Le régime en place à Bujumbura veut à tout prix rester au pouvoir, il a déclaré la guerre au peuple burundais qui résiste avec une grande dignité", a fustigé M. Nyangoma, dans un entretien téléphonique jeudi avec l'AFP.

"La situation est extrêmement grave: politique, socio-économique. La sécurité se dégrade de jour en jour, le régime s'acharne particulièrement contre les manifestants anti-troisième mandat et leurs dirigeants, avec de nombreuses arrestations, des tortures, des assassinats et des atrocités", a-t-il dénoncé.

Personnage clé de la vie politique du pays, membre fondateur du parti au pouvoir (CNDD) en 1994, M. Nyangoma a été désigné président du Cnared, le Comité national pour le respect des accords d'Arusha et le respect de la Constitution et de l'Etat de droit, début août lors d'une réunion à Addis Abeba.

Cette coalition, "très large et très importante dans l'histoire du Burundi" selon M. Nyangoma, regroupe des personnalités politiques de premier plan en exil, des opposants mais également des représentants de la société civile, avec comme objectif d'opposer un front commun au camp présidentiel.

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis l'annonce en avril de la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat, jugé anticonstitutionnel par ses adversaires. Sa réélection mi-juillet a été dénoncée par la quasi totalité de la communauté internationale.

Un vaste mouvement de contestation populaire a été réprimé implacablement par le pouvoir. Près d'une centaine de personnes ont été tuées. Les violences rappellent la terrible guerre civile qui avait ensanglanté le pays de 1993 à 2006 entre l'armée dominée par la minorité tutsi et plusieurs mouvements de rébellions hutu (dont est issu l'actuel parti présidentiel CNDD-FDD).

- 'Sourd-muet' -

"Depuis le début de la crise, le régime a essayé de jouer sur la corde ethnique, mais cela ne prend pas, c'est une déception pour eux", s'est félicité M. Nyangoma.

"Le peuple s'est réconcilié, l'accord de paix d'Arusha (qui a mis fin à la guerre civile) a créé un esprit d'entente, de bonne cohésion entre les principales composantes de la société", a-t-il observé, appelant les Burundais "à rester sereins et unis".

"M. Nkurunziza faisait partie de ces militaristes" qui ont fait scission du CNDD au début des années 2000 pour créer le CNDD-FDD, a rappelé M. Nayngoma, lui-même une figure politique de la rébellion hutu, et qui vit aujourd'hui en Europe.

"Les milices de Nkurunziza, que ce soit les Imbonerakure (ligue de jeunesse du parti présidentiel) et certains éléments en uniformes, sont en train de tuer, d'arrêter, d'enlever tous les opposants au 3e mandat", a expliqué M. Nyangoma, avant d'ajouter: "nous faisons face à un adversaire sourd-muet, totalement indifférent à la volonté du peuple burundais, comme aux conseils de la communauté internationale".

"Certains à Bujumbura sont donc tentés d'avoir recours à la force pour se défendre, ce n'est que la conséquence des provocations du régime qui refuse d'accepter la voie du dialogue", a-t-il jugé.

"Pour autant, nous ne préconisons pas la guerre, nous appelons au contraire au dialogue, nous sommes d'accord sur le principe de la négociation afin de restaurer au plus vite un climat d'apaisement, établir le programme d'une transition politique en vue d'organiser des élections", a affirmé le chef du Cnared.

Mais "si Nkurunziza n'annonce pas rapidement son départ, demain il sera trop tard", a-t-il mis en garde. "Nous rejetons la mascarade électorale de la présidentielle et des législatives, nous rejetons leurs résultats". D'après M. Nyangoma, "Le 26 août (date théorique de fin de son second mandat), Nkurunziza ne sera plus président, le parlement n'existera plus".

"Ce gouvernement est une honte pour notre pays, notre région. Sans financement extérieur, avec des sanctions internationales, notamment contre ceux qui sont impliqués dans les violations des Droits de l'Homme, ce régime finira par plier", a-t-il prédit.

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