NOUVELLES
13/08/2015 02:29 EDT | Actualisé 13/08/2016 01:12 EDT

Burkina: à deux mois des élections, la crise au sein de l'armée semble éteinte

A deux mois d'une élection présidentielle cruciale, le Burkina Faso semble avoir surmonté une crise aiguë au sein de l'armée, qui a fait trembler la population et ébranlé le régime de transition démocratique, dont le président Michel Kafando sort renforcé.

Au pouvoir depuis novembre, après la chute fin octobre de l'ex-président Blaise Compaoré - renversé par la rue après 27 ans de règne -, les autorités intérimaires ont été confrontées en juin et juillet à leur première crise de régime, qui a fait craindre à la société civile un coup d'Etat militaire en préparation.

"La tension a beaucoup baissé" depuis, a estimé à l'AFP Salam Kassem, enseignant en sciences politiques à Ouagadougou.

"Les Burkinabè me paraissent plus sereins par rapport à une fin, sans gros accroc, de la transition" démocratique, a-t-il poursuivi.

Au coeur de cette crise de trois semaines, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP): considéré comme le bras armé de l'ancien chef de l'Etat Blaise Compaoré, le RSP est accusé fin juin par le gouvernement d'avoir ourdi un complot contre le lieutenant-colonel Isaac Zida, Premier ministre des autorités de transition et numéro deux de ce régiment d'élite.

Les compagnons d'armes de Zida ont catégoriquement nié ces accusations et demandé en retour la démission du Premier ministre.

Plusieurs sources - diplomatique, société civile - avaient alors mis en doute la réalité de ce "complot", évoquant un possible "truquage" du Premier ministre lui-même pour discréditer le RSP et justifier sa dissolution.

Le Premier ministre aurait également froissé les hauts gradés de l'armée, qui ont à leur tour réclamé sa démission, en faisant adopter une réforme du code militaire controversée.

Longtemps silencieux, un temps alarmiste, le président Michel Kafando, un civil à qui l'armée a proclamé son "soutien" durant cette période, a finalement maintenu son chef de gouvernement. Mais il lui a retiré son portefeuille de la Défense, qu'il s'est approprié.

- 'Hyper-président' -

Il a ensuite limogé le ministre de la Sécurité (Intérieur) Auguste Denise Barry, considéré comme le bras droit d'Isaac Zida. Le colonel Sidi Paré, nommé fin juillet pour remplacer M. Barry, a rang de ministre délégué et doit donc rendre des comptes directement au chef de l'Etat.

Devenu "hyper-président", Michel Kafando sort "renforcé" par ces "deux ministères clés, régaliens" vis-à-vis de M. Zida, selon le professeur de sciences politiques.

Une redistribution des cartes étonnante quand le Premier ministre a longtemps été vu comme l'homme fort de la transition, à l'origine de la nomination de M. Kafando, diplomate et ancien ministre, à la tête de l'Etat le 17 novembre 2014.

Michel Kafando est désormais le "vrai patron" de l'exécutif, il "a su prendre les décisions qui lui permettent de tenir le gouvernail jusqu'au terme de sa mission", renchérit Ablassé Ouédraogo, ancien ministre de Blaise Compaoré devenu l'un de ses opposants.

"Le Burkina en sort gagnant, puisque nous aurons des élections transparentes, justes et inclusives", veut croire ce candidat à la présidentielle.

L'analyste Siaka Coulibaly se veut plus nuancé: pour lui, le chef de l'Etat n'a "finalement fait que répondre aux ultimatums de l'armée".

- Loi électorale -

Mais pour l'ensemble des analystes et responsables politiques interrogés par l'AFP, la tenue des élections présidentielle et législatives le 11 octobre paraît "inéluctable".

"Tout est préparé pour qu'on aille aux élections le 11 octobre", assure Michel Ouédraogo, du Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti de M. Compaoré.

Pour autant, des incertitudes pèsent encore sur ces élections générales.

Le CDP ne sait pas si son candidat à la présidentielle, Eddie Komboïgo, pourra concourir: les députés ont voté en avril un nouveau code électoral excluant des scrutins ceux qui avaient soutenu la révision constitutionnelle voulue par M. Compaoré pour rester au pouvoir, et qui a finalement provoqué un soulèvement fatal à son régime.

La justice ouest-africaine a depuis invalidé cette loi électorale, une décision à laquelle Ouagadougou est tenu de se conformer. Mais les autorités n'ont pas encore divulgué la nouvelle mouture du texte.

De même, les députés ont récemment voté la mise en accusation de Blaise Compaoré pour "haute trahison" devant la Haute cour de justice, ainsi que celle des membres de son gouvernement au moment de sa chute, notamment pour "assassinats".

Comment réagiront les partisans de l'ancien régime si la cour débute ses procès avant la présidentielle, comme elle en a affiché l'intention?

L'ex-président Compaoré est actuellement réfugié en Côte d'Ivoire voisine. Lors d'une visite fin juillet à Abidjan, M. Kafando expliquait que le "cas" Compaoré n'était "pas une question qui nous dérange tant".

roh/jf/fal/jhd