POLITIQUE
10/08/2015 03:24 EDT | Actualisé 10/08/2015 03:24 EDT

La mère d'un jeune Albertain tué en Syrie avec l'État islamque critique Harper

CALGARY _ Chris Boudreau, une Albertaine dont le fils de 22 ans a été tué alors qu'il combattait aux côtés d'extrémistes islamistes en Syrie affirme que Stephen Harper recherche une "solution simple" pour lutter contre le terrorisme plutôt que de s'attaquer aux causes de la radicalisation des jeunes.

Dimanche, le chef conservateur a promis que, s'il était réélu, il ferait adopter des mesures législatives visant à interdire aux Canadiens de voyager dans des régions contrôlées par des groupes jugés terroristes par le gouvernement fédéral afin de combattre auprès d'eux.

Un futur gouvernement conservateur établirait des "zones désignées" _ des régions du monde que contrôlent des groupes extrémistes comme l'État islamique (ÉI) et où ils recrutent et forment des combattants.

"N'importe qui peut voyager et réserver un vol pour n'importe où, et si vous voulez vraiment y aller, vous pouvez réserver un vol pour l'Europe et vous réserver autre chose une fois sur place", a déclaré Chris Boudreau en entrevue avec La Presse Canadienne à Calgary.

"C'est une façade. Ce n'est pas réaliste", a-t-elle ajouté.

Son fils, Damian Clairmont, s'est converti à l'islam durant son adolescence et est mort au cours d'un combat dans la ville d'Alep, en Syrie, en 2014. Il était alors membre du groupe ÉI.

Le jeune homme est devenu religieux à 17 ans et à mesure que le temps passait, il se montrait de plus en plus fondamentaliste dans ses croyances. Mme Boudreau raconte qu'elle ne voyait pas les signaux d'alarme à l'époque, mais qu'en y repensant maintenant, elle voit bien qu'ils y étaient.

Et elle ne croit pas qu'avoir empêché son fils de voyager aurait fait une différence.

Aujourd'hui, elle estime que le plan de Stephen Harper semble être une tentative de capitaliser sur la peur qu'inspire l'ÉI à la population.

"C'est un signe de désespoir pour une plateforme politique de démontrer qu'il prend une position sévère, mais il prend une position sévère sur les symptôme plutôt que de s'attaquer à la racine du problème, a-t-elle fait valoir. Ça ressemble à une solution simple de surface, alors que s'attaquer à la racine du problème demande beaucoup plus de travail et d'efforts."

"Il devrait s'attarder davantage à l'intervention, à la prévention et fournir des ressources en amont avant que les enfants n'empruntent cette voie", a-t-elle ajouté.

Stephen Harper a annoncé dimanche qu'il souhaitait que les agences de sécurité nationale suivent la trace des Canadiens qui se rendent dans les futures "zones désignées". Ceux qui reviendrait au pays devraient alors prouver qu'ils s'y étaient rendus pour des raisons humanitaires ou parce qu'ils couvraient un conflit pour le compte d'un média.

Des lois semblables existent en Australie, où les citoyens ne peuvent se rendre dans des régions de la Syrie et de l'Irak.

"Je crois que M. Harper exagère le sentiment de peur et qu'il sème beaucoup plus de peur que nécessaire parmi le public, a affirmé Chris Boudreau. Vous ne pouvez pas surveiller tout le monde au Canada et observer leurs voyages."

Toutefois, elle est aussi déçue par le fait que le chef libéral Justin Trudeau et le chef néo-démocrate Thomas Mulcair semblent avoir peur de discuter de la question, autrement que pour réagir aux propos de Stephen Harper.

"Je crois qu'ils ont juste peur de proposer quelque chose et de prendre une position parce que (...) les gens sont campés dans leur opinion sur la question", conclut Mme Boudreau.

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