NOUVELLES
10/08/2015 11:12 EDT | Actualisé 10/08/2016 01:12 EDT

Le candidat soutenu par Mme Kirchner sort renforcé des primaires

Daniel Scioli, candidat à la présidentielle d'octobre soutenu par la coalition au pouvoir en Argentine, s'est affirmé comme le favori pour succéder à la présidente de gauche Cristina Kirchner, à l'issue des élections primaires dimanche.

Les primaires générales de tous les partis, le même jour, sont destinées à entériner les investitures pour l'élection présidentielle du 25 octobre, mais elles permettent aussi de mesurer le rapport de force à deux mois et demi du scrutin, car tous les Argentins étaient appelés à voter.

Après le dépouillement de 96% des bureaux de vote, Scioli totalise 38,5% des voix devant la coalition du maire conservateur de Buenos Aires, Mauricio Macri (30%), et celle du député Sergio Massa (20,5%), ancien chef du gouvernement de Mme Kirchner qui a fait dissidence.

Les primaires, organisées sous cette forme depuis 2009, donnent généralement une tendance irréversible. Lors des primaires de 2011, Mme Kirchner avait totalisé 50% des suffrages, devançant de plus de 30 points le deuxième candidat, Ricardo Alfonsin (UCR, centre-gauche).

Daniel Scioli, 58 ans, est soutenu par une coalition gouvernementale qui a limité l'accès aux devises étrangères, imposé lourdement les importations et mené une politique anti-libéralisme notamment sur le front de la dette, mais cet ancien champion de bateau off-shore, qui a perdu un bras dans un accident de course, est plutôt perçu en Argentine comme un libéral.

Dimanche soir, il a invoqué le pape François, "source d'inspiration", rendu hommage à Nestor Kirchner dont il a été vice-président (2003-2007), réaffirmé qu'il s'inscrivait dans la continuité mais qu'il opèrerait des changements dans la gestion du pays, sans pour autant dévoiler lesquels.

Alors que Mme Kirchner est soupçonnée de vouloir conserver une influence après son départ - elle a imposé son homme de confiance Carlos Zannini comme candidat à la vice-présidence -, Scioli martèle qu'il ne se laissera pas dicter sa politique.

Face à lui, le conservateur Mauricio Macri incarne le changement et la rupture avec la gestion péroniste, traditionnellement modérée, mais qui peut osciller de la gauche (avec Mme Kirchner) à des politiques néo-libérales, comme dans les années 1990 avec Carlos Menem.

Maire de Buenos Aires pendant huit ans, Mauricio Macri est l'opposant le mieux placé. Ancien président du célèbre club de football de Boca Juniors, il a les faveurs des milieux économiques qui voient en lui l'homme capable de supprimer les obstacles protectionnistes érigés depuis 2003.

- Les primaires, 1er tour de l'élection -

Pour élargir sa base électorale, M. Macri a intégré à sa coalition Changeons l'UCR, parti traditionnellement de centre-gauche, qui dispose du maillage territorial dont manquait son parti, le PRO (Proposition Républicaine, formation de droite) à travers l'Argentine.

Dimanche après le vote, il a lancé un appel à l'union autour de sa candidature, à l'intérieur et à l'extérieur de sa coalition.

"Nous ne voulons plus que celui qui gagne l'élection présidentielle se sente le propriétaire de l'Etat", avait lancé voici quelques jours M. Macri, 56 ans.

Lors des primaires, "la majorité des Argentins ont exprimé leur désir de changement", a déclaré Horacio Rodriguez Larreta, élu en juillet maire de Buenos Aires, pour le compte du PRO.

Sergio Massa, dissident kirchnériste, s'affirme comme le troisième candidat le mieux placé.

Nestor (2003-2007) puis Cristina Kirchner (2007-2015) ont gouverné pendant 12 ans l'Argentine, mais la constitution n'autorisait pas Mme Kirchner à se présenter pour un 3e mandat.

Dans l'histoire de l'Argentine, aucune élection ne s'est jouée au second tour, le mode de scrutin favorisant une victoire au premier. Avec 40% des voix et une avance de 10% sur le deuxième, un candidat est déclaré victorieux. De même s'il atteint 45% des suffrages.

Pour le politologue Carlos Fara, "les primaires sont un indicateur de la force électorale de chaque camp, et les électeurs prennent leur décision en fonction du cadre qui émerge des primaires. Les primaires font office de 1er tour, et de grand sondage qui oriente la population".

Dans la province de Santa Cruz, fief de la famille Kirchner en Patagonie, le fils de Nestor et Cristina, Maximo Kirchner, 38 ans, a été investi comme candidat à la députation et entrera probablement au Parlement en décembre.

La troisième économie d'Amérique latine oscille entre ralentissement et récession depuis fin 2013. Un des grands défis du prochain président sera de gérer le contentieux avec les fonds "vautours" sur le remboursement de la dette, héritée de la crise économique de 2001/2002.

ap/ka/mr