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10/08/2015 06:22 EDT | Actualisé 10/08/2016 01:12 EDT

Explosion de mines: Séoul reprend sa guerre de propagande contre Pyongyang

La Corée du Sud a ordonné lundi la reprise de la guerre de propagande à la frontière avec la Corée du Nord en représailles à des explosions de mines dans lesquelles deux de ses soldats ont été mutilés lors d'une patrouille.

Le ministère de la Défense a annoncé que des rangées de haut-parleurs installés à la frontière allaient reprendre du service pour la première fois depuis 11 ans et diffuser des messages dénonçant les provocations nord-coréennes.

Cette annonce ne devrait pas manquer de susciter la fureur de Pyongyang et un regain de tensions sur la péninsule.

Elle est survenue quelques heures à peine après la menace de Séoul de faire payer un "prix sévère" à Pyongyang, rendu responsable d'avoir posé les mines qui avaient blessé mardi dernier deux soldats.

L'incident s'était produit dans la zone démilitarisée (DMZ) qui s'étale sur deux kilomètres de part et d'autre de la frontière. Un des soldats a dû être amputé des deux membres inférieurs, et l'autre a perdu une jambe.

Selon le commandement de l'ONU dirigé par Washington qui est chargé de surveiller l'application du cessez-le-feu ayant mis fin à la guerre de Corée (1950-53), l'analyse des débris montre qu'il s'agissait de mines nord-coréennes placées sur un chemin bien connu pour être emprunté par les patrouilles sud-coréennes.

"Les investigations ont déterminé que les engins avaient été placés récemment, excluant la possibilité qu'il puisse s'agir de mines antipersonnel héritées (d'une époque antérieure) qui se seraient déplacées", a dit l'ONU.

"Notre armée (....) fera payer à la Corée du Nord un prix sévère et proportionné pour sa provocation", ont prévenu dans un communiqué les chefs d'état-major sud-coréens.

- 'Première étape' -

Il s'agit d'un "acte sans fondement" et d'une "violation injustifiée" des accords de non agression en vigueur, ont-ils poursuivi, avant d'appeler la Corée du Nord à présenter ses excuses et à punir les responsables.

La reprise des opérations de propagande ne constitue qu'une "première étape", a averti le ministère de la Défense.

Pendant des années, les haut-parleurs sud-coréens ont diffusé des messages vantant les joies de la vie au Sud sans lésiner sur le volume sonore.

Ces opérations avaient été suspendues en 2004 lors d'une période de rapprochement entre les deux Etats rivaux initiée par l'ancien président sud-coréen Kim Dae-Jung.

La Corée du Sud avait menacé de les reprendre en 2010 après le naufrage d'un bâtiment sud-coréen attribué par Séoul à un sous-marin nord-coréen mais la menace n'avait pas été mise à exécution.

Les autorités nord-coréennes reprochent déjà à Séoul son refus d'interdire aux militants hostiles au régime nord-coréen de lâcher des tracts au dessus de la frontière au moyen de montgolfières.

Les deux Etats rivaux sont toujours techniquement en guerre car la guerre de Corée avait pris fin avec un simple cessez-le-feu et non un traité d'armistice.

En dépit de son nom, la DMZ est fortement militarisée. Elle est parsemée de barrières électrifiées, de champs de mines et de murs antichars. D'après les estimations, plus d'un million de mines ont été disséminées dans la zone frontalière.

Pour Yang Moo-Jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes de Séoul, Pyongyang va certainement démentir toute responsabilité dans l'affaire des mines antipersonnel, une opération dont le mobile serait quoi qu'il en soit obscur.

"Quelle que soit la raison, la Corée du Sud dispose d'un nombre d'options limité pour répondre, en particulier dans la DMZ où l'activité militaire est étroitement surveillée", a-t-il dit.

La dernière attaque directe contre le Sud date de décembre 2010, lorsque la Corée du Nord avait bombardé l'île sud-coréenne de Yeonpyeong, causant la mort de deux soldats et de deux civils sud-coréens. Séoul avait répliqué en tirant des obus sur des positions nord-coréennes, ce qui avait fait craindre le déclenchement d'un conflit à grande échelle.

Cet incident survient à un moment délicat: les deux Corées se préparent à célébrer samedi le 70ème anniversaire de la libération en 1945 de la péninsule coréenne du joug japonais.

Certains avaient émis l'espoir que cet anniversaire soit l'occasion d'un rapprochement mais les efforts effectués pour organiser des cérémonies conjointes ont fait long feu.

La Corée du Nord refuse d'envisager des pourparlers tant que Séoul n'annule pas ses exercices militaires avec les Etats-Unis. Des exercices conjoints sont prévus la semaine prochaine.

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