Entretien avec Andy Thê-Anh, le designer derrière Lolë

Depuis maintenant cinq ans, Andy Thê-Anh est aux commandes de la création chez Lolë, un des fleurons de la mode québécoise. Nous l’avons rencontré le temps d’en apprendre davantage sur ce fascinant mariage entre l’univers du sport et le côté sophistiqué de la couture.

Dans quelle optique vous a-t-on approché pour collaborer avec Lolë en 2010?

Le temps passe si rapidement. J’ai encore l’impression que c’était hier. J’avais déjà fait ma marque avec mes robes de soirée et le prêt-à-porter chic à Montréal. Lorsque la maison Lolë m’a approché, je me suis tout de suite demandé : « suis-je réellement la bonne personne pour ce mandat? » J’ai rapidement saisi ce qu’ils recherchaient et comme je souhaitais relever de nouveaux défis, j’ai tout de suite accepté.

Est-ce qu’il s’agissant d’un mandat précis ou aviez-vous carte blanche?

L’entreprise avait une vision très pointue de ses futures collections. Il est important de comprendre qu’il s’agit d’une entreprise très en santé qui ne nécessitait pas de sauvetage. L’idée était principalement de créer des vêtements qui peuvent vivre hors des studios de sport. Ils se doivent idéalement d’être portés le weekend, et de permettre un élégant passage entre les différentes activités de la journée sans avoir à constamment se changer. Mon mandat était d’amener la maison dans cette zone créative très précise.

Vous n’en êtes pas à vos premières collections; qu’avez-vous appris avec ce virage vers la mode sport?

L’importance de la coupe et du style, mais surtout le côté utilitaire du vêtement sport. Celui-ci se doit d’être pratique, confortable et fonctionnel. L’approche Lolë englobe tous ces critères tout en ayant une touche avant-gardiste et élégante. Voilà l’incroyable défi qui m’attend saison après saison. J’adore ce que je fais!

Pensez-vous que la mode sport prend une plus grande place dans nos garde-robes qu’avant?

Tout à fait! À l’époque, la philosophie était d’avoir des vêtements pour chaque occasion. La vie d’aujourd’hui ne fonctionne plus du tout comme ça. Peu de gens ont les moyens de se refaire une garde-robe complète chaque saison. Encore bien moins au quotidien. Voilà où la magie de Lolë opère, avec ses collections sophistiquées, élégantes et incroyablement polyvalentes. Le mode de vie de notre société a évolué. À l’ère de l’Internet et des téléphones intelligents, les gens bougent moins ou très peu dans le cadre de leur travail et au quotidien. Pour compenser, on se remet au sport et on accorde beaucoup plus d’importance au « wellness ». On mange mieux, on vit plus longtemps…

Au début de votre carrière, vous confectionniez les costumes de scène de Mitsou. Avez-vous toujours une muse?

Mitsou est exactement le type de femme que j’admire et que je garde en tête pour élaborer mes collections. J’ai une admiration sans bornes pour les femmes fortes, résilientes, qui réinvente leur vie et savent jongler amour, famille et carrière. Voilà pour moi l’essence de la femme « Lolë ».

Où trouvez-vous vos inspirations?

Chaque collection est différente. Je priorise le fait que les pièces doivent passer le temps et voyagent d’une saison à l’autre. Si vous entrez dans mon atelier quand je suis en période de création, vous trouverez mon bureau jonché d’échantillons de tissus de multiples couleurs datant des collections passées et futures. Je fais des essais et erreurs, du mix and match, tout en essayant de trouver le fil conducteur qui relie toutes ces saisons ensemble. Cette étape d’agencement peut durer plusieurs mois. C’est un peu comme essayer de résoudre un grand casse-tête.

Parlez-nous un peu de la collection d’automne?

Lors de l’élaboration de la collection d’automne 2015, nous venions tout juste de passer un hiver très dur, froid et interminable. Je me suis dit : « pourquoi ne pas essayer d’aimer l’hiver et de voir sa beauté? » Je me suis tout de suite tourné vers les pays scandinaves. On parle ici d’une région du monde reconnue pour son peuple heureux et sa qualité de vie qui dépasse toutes les normes. Une collection épurée qui se définit par le côté minimaliste et pur du blanc de la neige, du bleu des eaux glaciaires et de l’éventail de pastel de leurs magnifiques aurores boréales qui ont tout de suite formaté ma vision. Une fois cet élan créatif lancé…

Quelle pièce de cette collection est un impératif selon vous?

Toute collection possède un « core », une structure de base. Ensuite, on brode autour avec des items plus élaborés et plus éclatés. Il est difficile pour moi de vous nommer une seule pièce. L’ensemble de mes créations s’apparente beaucoup à une famille; d’en aimer un plus que l’autre me donne un drôle de sentiment. Il n’en reste pas moins que le haut nommé « Zellie » représente bien l’essence de la vision Lolë : très « lifestyle » avec ses manches ¾, son attache au bas, conçu dans une optique de confort et facile à porter autant à la gym qu’avec votre denim préféré.

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Lolë automne-hiver 2015-2016