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07/08/2015 14:25 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

Yémen : souriante mais "en grande fatigue" l'ex-otage française au Yémen est rentrée en France

Souriante mais "en grande fatigue" a-t-elle confessé, la Française Isabelle Prime, retenue au Yémen depuis février, est rentrée en France vendredi soir après sa libération facilitée par le sultanat d'Oman, que les autorités françaises ont remercié de ce "dénouement heureux".

La jeune femme de 30 ans, le regard masqué par la visière de sa casquette marine et de larges lunettes, a remercié sur le tarmac "la France qui est toujours là quand on a d'énormes problèmes".

Au pied de l'avion elle s'était brièvement entretenu avec le président de la République François Hollande qui l'attendait ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Le chef de l'Etat s'est aussitôt exprimé pour remercier les autorités d'Oman: il a indiqué qu'il avait "appelé au téléphone" le sultan pour "lui dire la reconnaissance de la France pour ce qu'avait fait le sultanat d'Oman".

Se réjouissant de ce "dénouement heureux", la présidence française avait annoncé cette libération dans la nuit de jeudi à vendredi et exprimé "toute sa gratitude à tous ceux qui ont oeuvré" à sa libération, citant le Sultan d'Oman Qabous Ibn Saïd.

Isabelle Prime, originaire de l'Ouest de la France, avait été enlevée le 24 février à Sanaa par des hommes déguisés en policiers.

Elle a tenu à expliquer sa mission et à justifier sa décision d'être "restée jusqu'au bout" pour établir un programme de protection sociale: "J'avais suivi les conseils de l'ambassade française, on était sur le point de partir, ça s'est joué à deux semaines malheureusement", a-t-elle confié.

La jeune otage a été "retrouvée au Yémen" grâce à des recherches menées par les autorités omanaises en coordination avec "certaines parties yéménites", selon l'agence de presse omanaise ONA, citant un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Sa libération intervient alors que le Yémen est le théâtre depuis mars d'un conflit meurtrier qui a plongé le pays dans le chaos.

ONA affirme également que c'est sur "instructions du sultan Qabous et à la demande des autorités françaises que ces recherches ont été menées".

Son père, Jean-Noël Prime, a voulu exprimer "une pensée particulière, ayant vécu l'absence de ma fille sans savoir où elle était pendant trois semaines" pour ceux "qui ont des gens de leur famille qui ont disparu ... ça doit être terrible".

Isabelle Prime était la dernière otage française après la libération, en décembre 2014, de Serge Lazarevic: le quinquagénaire franco-serbe était resté trois ans aux mains du groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans le nord du Mali.

Cependant, François Hollande a laissé entendre vendredi soir que "l'opération en cours" au Mali, où une prise d'otages visait un hôtel fréquenté par des Occidentaux dans le centre du pays, "pourrait concerner" des Français.

Isabelle Prime, arrivée en 2013 au Yémen, travaillait pour la société Ayala Consulting, basée en Floride, aux Etats-Unis, spécialisée dans la conception de programmes de protection sociale.

Francisco Ayala, président de la société, a précisé à l'AFP depuis l'Equateur qu'il avait appris la libération de son employée par un appel du ministère français des Affaires étrangères.

- Prises d'otages fréquentes -

L'interprète yéménite d'Isabelle Prime Chérine Makkaoui avait été enlevée avec elle alors qu'elles se rendaient en voiture à leur travail.

Chérine Makkaoui avait déclaré avoir été libérée le 10 mars à Aden, dans le sud du Yémen.

Une vidéo de la Française avait été mise en ligne sur YouTube début juin dans laquelle la jeune femme apparaissait épuisée.

Mais aucune information n'a filtré sur l'identité des ravisseurs. La France a écarté tout soupçon de rançon - "l'Etat français ne paye pas", a martelé M. Fabius.

Les prises d'otages sont très fréquentes au Yémen, où des centaines de personnes en ont fait l'expérience ces 15 dernières années. La plupart ont été libérées saines et sauves, souvent en échange de rançons, les otages étant souvent utilisés comme moyen de pression sur les autorités locales.

Le rapt s'était produit alors que Sanaa était passée sous le contrôle des rebelles Houthis, issus de la minorité chiite zaïdite et aidés par les unités de l'armée restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh.

L'Arabie saoudite a pris le 26 mars la tête d'une coalition arabe qui mène depuis une campagne aérienne en soutien au président Hadi, exilé chez elle.

Le conflit a fait près de 4.000 morts et contraint quelque 100.000 personnes à quitter le pays, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Mais en décembre dernier, un otage américain qui était détenu par Al-Qaïda a trouvé la mort lors d'une opération ratée des forces spéciales américaines qui visait à le libérer. Un otage sud-africain a également été tué lors de cette opération.

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