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07/08/2015 11:23 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

Signaux mitigés pour l'emploi américain en plein débat à la Fed

Les Etats-Unis ont continué à créer des emplois en juillet mais pas suffisamment pour faire reculer le taux de chômage, brouillant les pistes de la banque centrale (Fed) dans l'optique de la normalisation de sa politique monétaire.

L'économie américaine a créé 215.000 emplois de plus qu'elle n'en a détruits en juillet, décevant les analystes et marquant surtout une nette décélération de près de 7% par rapport à juin, selon les données officielles publiées vendredi à Washington.

Ce coup de mou doit certes être relativisé au vu des révisions à la hausse des créations d'emplois sur les deux mois précédents. Mais il a toutefois une traduction concrète: le taux de chômage reste bloqué en juillet à 5,3%, son plus bas niveau depuis plus de sept ans, sur fond de quasi-stagnation du nombre d'Américains à la recherche d'un emploi (8,26 millions).

"Le marché du travail reste en proie à des faiblesses issues de la crise financière et il reste encore à faire avant de s'assurer que nous faisons des progrès", a réagi le cercle des économistes de la Maison Blanche dans un communiqué.

Les chômeurs de longue durée continuent de former plus d'un quart des personnes à la recherche d'un emploi aux Etats-Unis tandis que 6,3 millions de salariés restent contraints de travailler à temps partiel.

Le chômage aux Etats-Unis continue par ailleurs de frapper majoritairement la population noire avec un taux (9,1%) quasiment deux fois supérieur à celui des Blancs (4,6%), selon les données du ministère.

Malgré ces quelques nuages, les chiffres de l'emploi en juillet ont globalement rassuré les experts sur la solidité de l'activité américaine après le rebond de la croissance au deuxième trimestre.

- Débat à la Fed -

"C'est de nouveau un solide rapport sur l'emploi", affirme Chris Williamson, du cabinet d'analystes Markit, résumant l'opinion générale de ses confrères.

Les gains d'emplois en juillet ont été observés dans un vaste éventail de secteurs allant des ventes au détail (+36.000) aux services de santé (+28.000) même si l'industrie minière, plombée par la chute des cours mondiaux du pétrole, a encore fait grise mine.

Les avis sont en revanche plus partagés sur les implications des chiffres de l'emploi pour la politique monétaire américaine.

La banque centrale veut relever ses taux directeurs, maintenus proches de zéro depuis fin 2008 pour soutenir la reprise, mais elle attend d'être certaine de la solidité de l'économie américaine avant de franchir le pas.

Fin juillet, elle affirmait ne plus attendre que "quelques signes" supplémentaires d'amélioration du marché du travail pour changer de cap monétaire, une décision attendue avec fébrilité par les marchés.

Pour certains experts, le doute n'est plus permis: la banque centrale n'a plus aucune raison de ne pas passer à l'action lors de sa prochaine réunion de politique monétaire les 16 et 17 septembre.

"Ce rapport dégage la voie pour une hausse des taux en septembre", assure ainsi Rob Martin, analyste chez Barclays Research.

Même son de cloche chez Harm Bandholz, d'UniCredit Research, selon qui ce rapport est, "sans aucun doute", porteur des "quelques signes d'amélioration" attendus par la Fed.

Le salaire horaire moyen, très observé par la banque centrale américaine qui voudrait voir les prix et les salaires augmenter davantage, est d'ailleurs reparti à la hausse en juillet à 24,99 dollars, selon les données gouvernementales.

D'autres experts se montrent toutefois beaucoup plus réservés et relèvent notamment que le taux de participation au marché du travail reste proche de son plus bas niveau en près de quarante ans.

"Une hausse en septembre n'est en aucun cas acquise", temporise Chris Williamson, soulignant également que l'inflation reste encore très inférieure à l'objectif de 2% annuel aux Etats-Unis.

Le débat sur le calendrier de la première hausse devrait donc continuer à battre son plein, au sein de la Fed comme en dehors.

Les chiffres de l'emploi en juillet ne vont pas faire basculer les opinions "dans un sens ou dans l'autre", assure ainsi Ian Shepherdson, de Pantheon Macroeconomics.

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