NOUVELLES
07/08/2015 12:21 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

RDC: suspension du procès des deux militants pour atteinte à la sûreté de l'Etat

La justice congolaise a décidé vendredi de suspendre le procès des deux activistes arrêtés mi-mars à Kinshasa, jugés pour atteinte à la sûreté intérieure de l'État, a-t-on appris auprès d'un des avocats des prévenus.

Fred Bauma, du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), et Yves Makwambala, webmaster et graphiste du groupe Filimbi, avaient été arrêtés à Kinshasa le 15 mars avec une trentaine de personnes lors d'une réunion d'échange sur la bonne gouvernance en Afrique organisée par Filimbi, qui se présente comme un collectif de mouvements d'éducation à la citoyenneté, non-partisan et non-violent.

"Le tribunal (de grande instance de Kinshasa) a sursis en attendant que la cour d'appel statue sur notre requête demandant l'annulation de la prise en compte dans l'instruction des procès-verbaux fournis par l'ANR", l'Agence nationale de renseignement, a déclaré à l'AFP Me Georges Kapiamba, conseil des prévenus.

Le procès de MM. Bauma et Makwambala s'est ouvert le 12 juin devant le tribunal de grande instance, qui siège à la prison centrale de Makala à Kinshasa, où sont incarcérés les prévenus.

Le 26 juin, leurs avocats ont contesté la validité des procès-verbaux fournis par l'ANR, estimant qu'ils avaient été établis en violation de la loi, notamment parce que les deux militants n'étaient pas assistés de leurs avocats et que leurs déclarations ont été faites sous la "torture".

Le 3 juillet, le tribunal a déclaré valides les procès-verbaux mais la défense a contesté cette décision devant la cour d'appel le 24 juillet.

Kinshasa avait dénoncé une "tentative de déstabilisation" des institutions de la RDC, et des journaux proches du pouvoir avaient titré sur la présence de "terroristes" à Kinshasa - un qualificatif réfuté depuis par une commission parlementaire.

A Goma, en avril, quatre autres militants de Lucha avaient été arrêtés pour avoir demandé la libération des militants arrêtés à Kinshasa et le respect des libertés publiques par le biais de tracts.

Accusés d'"incitation à la désobéissance", leur procès s'était officiellement ouvert le 20 mai au tribunal de grande instance de Goma mais ils ont comparu pour la première fois vendredi.

"On a renvoyé l'affaire au 14 août (...) sur notre demande afin que nous puissions recueillir deux documents et les présenter aux juges, afin de les convaincre d'acquitter ces jeunes gens", a déclaré à l'AFP leur avocat, Eric Sadiki.

Il a précisé que l'un de ces documents est une lettre écrite par Lucha pour prévenir le maire de Goma, comme le prévoit la loi congolaise, de leur intention de sensibiliser la population. L'autre document est le tract que les militants distribuaient quand ils ont été arrêtés.

La lettre "prouvera qu'ils ont demandé la permission, en bonne et due forme, de sensibiliser" la population, et le tract montrera qu'ils n'avaient pas pour but de "révolter les gens et les inciter à désobéir à la loi", a souligné Me Sadiki.

Le climat politique est tendu en RDC à l'approche d'une série d'élections devant s'achever par la présidentielle prévue en novembre 2016, et à laquelle la Constitution congolaise interdit au président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se représenter.

En janvier, surtout à Kinshasa, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours de manifestations violentes, réprimées par les forces de sécurité. Les manifestants dénonçaient un projet de loi électoral qui aurait pu permettre à M. Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son deuxième mandat.

mbb-hab/dom