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07/08/2015 11:27 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

Les primaires, préambule de l'après-Kirchner en Argentine

Après 12 ans de présidence de Nestor et Cristina Kirchner, les candidats à la présidentielle d'octobre seront investis dimanche lors d'élections primaires générales, qui marqueront une tendance deux mois et demi avant le scrutin.

Daniel Scioli, gouverneur de la province de Buenos Aires (près de 40% de l'électorat), finalement soutenu par Mme Kirchner, et Mauricio Macri, maire conservateur de Buenos Aires, sont les candidats les mieux placés pour diriger la 3e économie d'Amérique latine.

N'ayant plus d'adversaire au sein de la coalition au pouvoir, le Front pour la victoire (FPV, gauche), l'investiture de M. Scioli est entendue. En froid avec Mme Kirchner ces dernières années, cet ancien pilote de bateaux off-shore sera épaulé dans la formule présidentielle par un intime de la présidente, Carlos Zannini.

Pour Mauricio Macri, ancien patron du club de football de Boca Juniors, la partie ne sera pas beaucoup plus difficile. Lors de la primaire de sa coalition Cambiemos (Changeons, ndlr), il n'aura pas de mal à écarter Ernesto Sanz, le prétendant de l'UCR, un parti historiquement de centre-gauche qui fait cause commune avec Macri pour tenter de barrer la route aux péronistes du FPV.

Après deux mandats consécutifs (2007-2015), Cristina Kirchner ne pouvait pas se présenter pour un 3e mandat. Son mari l'avait précédé à la tête du pays (2003-2007), après la crise économique de 2001-2002.

Créé en 2009, le système de primaires générales pour tous les partis politiques, le même jour, lors d'un scrutin national, est une particularité argentine.

Un troisième candidat, Sergio Massa, député et dissident kirchnériste, complète le podium de présidentiables, mais il est nettement distancé dans les sondages par Scioli et Macri pour espérer être au second tour.

- Changements ou rupture -

Hormis la présidence, Scioli, 58 ans, a exercé les plus hautes fonctions au sein de l'Etat. Après avoir été ministre, il a été vice-président de Nestor Kirchner et il gouverne une province grande comme l'Italie, qui concentre plus du tiers de la population du pays.

Macri, un chef d'entreprise de 56 ans, s'est fait connaître en menant Boca au sommet du football international. Il a les faveurs des milieux d'affaires, très remontés contre la politique économique dirigiste du gouvernement.

Après une décennie de croissance fulgurante, portée par les exportations agricoles, l'économie argentine souffre depuis fin 2013. L'industrie automobile, un des piliers de l'économie, tourne au ralenti.

Lors de la présidentielle de 2011, Cristina Kirchner avait été réélue dès le premier tour avec 54% des suffrages.

Pour son dernier meeting jeudi, Scioli a repris une formule prononcée par le pape François durant son voyage en Amérique du Sud, "terre, toit et travail" pour tous, y ajoutant en guise de promesse électorale "égalité, investissement et innovation".

Scioli s'inscrit dans une certaine continuité des Kirchner mais avertit qu'il y aura des changements. "Il prendra un virage pro-marchés à court ou moyen terme, il changera de politique en matière diplomatique et de sécurité", prévoit le politologue Carlos Fara.

De son côté, Mauricio Macri se présente comme le candidat de la rupture avec la puissance mouvance péroniste, dont le kirchnérisme fait partie. A la tête du PRO, parti politique qu'il a créé en 2007, il a conquis la ville de Buenos Aires qu'il considère un tremplin pour la présidence, où il compte appliquer des recettes qui ont fonctionné dans la capitale.

Alors que le gouvernement se targue d'avoir réduit la pauvreté, Macri affirme que l'Argentine compte 14 millions de pauvres, sur une population de 41 millions, et promet de démanteler l'arsenal de mesure protectionnistes (contrôle des changes, importations limitées).

Si dimanche Macri compte 5 points de retard sur Scioli, "il peut espérer gagner au second tour", mais "on ne peut pas écarter une victoire de Scioli dès le premier tour", estime le politologue Rosendo Fraga.

En Argentine, si un candidat totalise 40% des voix et 10% de plus que son premier poursuivant, il est élu dès le 1er tour, programmé le 25 octobre.

Tous les états-majors politiques sont suspendus aux résultats de dimanche, car depuis 2009, les résultats des scrutins ont été dans la ligne des scores des primaires.

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