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07/08/2015 09:50 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

Le HCR appelle à une action d'urgence devant l'afflux de réfugiés en Europe

Le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU a vivement reproché vendredi à la France et à la Grèce leur manque d'action face à l'afflux de migrants, tirant une nouvelle fois la sonnette d'alarme en raison du nombre croissant de réfugiés qui arrivent en Europe.

"Il ne faut pas laisser d'autres Calais se développer", a déclaré devant les journalistes, au nom du HCR, Vincent Cochetel, faisant allusion aux conditions de vie extrêmement précaires de quelque 3.000 migrants présents dans ce port du nord de la France qui cherchent à passer en Grande- Bretagne.

Pour le directeur de la division Europe du Haut Commissariat aux Réfugiés, la situation des migrants et des réfugiés qui débarquent en masse sur les îles grecques en provenance de la Turquie est "absolument honteuse" et le gouvernement grec se doit d'agir d'urgence.

"En trente ans d'expérience humanitaire, je n'ai jamais vu une situation pareille (...) C'est l'Union européenne et c'est absolument honteux", a-t-il dit après une visite sur place.

Le HCR estime que, de janvier à juillet, environ 124.000 personnes sont arrivées de Turquie dans les îles grecques, principalement à Lesvos, Chios, Kos, Samos et Leros.

En juillet, il y a eu 50.000 nouvelles arrivées, 20.000 de plus qu'en juin.

"La Grèce doit se réveiller face à cette urgence", a déclaré M. Cochetel qui a aussi déploré que l'aide financière de l'Europe soit "trop faible et trop tardive". A Bruxelles, une porte-parole a indiqué que l'UE espérait approuver la semaine prochaine le programme grec sur l'asile afin de pouvoir verser des fonds.

Pour le Premier ministre grec Alexis Tsipras, c'est une situation qui "dépasse" la Grèce. Il a promis des mesures pour "améliorer les infrastructures d'accueil (...), les procédures d'identification" et la "coordination" des actions, et a appelé l'Union européenne à aider son pays.

Le HCR demande au gouvernement grec de "désigner d'urgence une seule autorité pour coordonner la réponse et mettre en place un mécanisme d'assistance humanitaire" et il salue "la réponse généreuse de la société civile grecque dans un contexte (économique) difficile".

M. Cochetel a rappelé qu'il y avait en Grèce de nombreuses casernes inoccupées, des terres non cultivées et des organisations humanitaires prêtes à aider.

- "Une urgence civile" -

Il souhaite que la France applique les mêmes recettes pour la crise à Calais.

"Traitez le comme une urgence civile", s'est exclamé M. Cochetel, demandant la mobilisation des moyens déployés au moment des catastrophes naturelles. Pour lui, cette crise, qui concerne en moyenne 3.000 personnes sur place, est tout à fait "gérable".

Il demande de ne pas se limiter à des "mesurettes", rappelant que ce problème se pose depuis 14 ans et qu'il "va continuer", car "on ne peut pas changer la géographie". Le HCR demande au gouvernement français un "plan d'urgence global et durable" et lui rappelle ses devoirs en matière de droits de l'Homme.

Le responsable de l'agence de l'ONU souhaite en outre une révision du processus concernant le droit d'asile en France, où sept semaines sont nécessaires avant de pouvoir enregistrer les demandes d'asile alors que cette opération est réalisée le jour même dans de nombreux autres pays d'Europe.

Le HCR critique par ailleurs le manque de coopération de la Grande-Bretagne.

Dans le même temps, en Méditerranée, les migrants continuent de risquer leur vie. Après le naufrage de mercredi au large de la Libye à l'issue duquel plus de 200 personnes ont été portées disparues, un sauvetage difficile jeudi a permis de récupérer quelque 600 migrants sur un bateau de pêche qui tanguait dangereusement.

L'embarcation était si chargée que pour maintenir son équilibre, il a fallu convaincre ceux qui savaient nager de sauter à l'eau, où de longues bouées gonflables avaient été déployées pour qu'ils puissent s'y agripper, selon les informations fournies par l'ONG Médecins sans Frontières sur Twitter.

"Deux hommes à bord ont aidé les femmes et les enfants à évacuer en premier" le bâtiment, a raconté Christopher Miller, un journaliste américain présent sur le bateau humanitaire Phaenix.

Les migrants secourus "ont des histoires d'épreuves et de guerre. Syrie, Libye, Bangladesh... Professeurs d'histoire, cordonniers, étudiants...", a écrit M. Miller.

La police italienne a annoncé vendredi avoir arrêté à Palerme cinq des survivants du naufrage ayant fait plus de 200 morts mercredi, deux Algériens et trois Libyens, soupçonnés d'avoir été des passeurs.

Selon des témoignages recueillis auprès des quelque 360 autres survivants arrivés à Palerme, en Sicile, l'un était le commandant du bateau disparu tandis que d'autres étaient chargés d'empêcher les passagers de bouger, y compris par la violence.

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