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06/08/2015 23:46 EDT | Actualisé 06/08/2016 01:12 EDT

Harper ignore les médias après le débat, les autres chefs parlent du Québec

TORONTO — La question nationale du Québec a été à l'origine de certains des échanges les plus enflammés pendant le débat des chefs de jeudi soir à Toronto, mais elle a aussi été le sujet chaud de la période de questions qui a suivi.

Même si Gilles Duceppe était l'un des grands absents de la joute oratoire organisée par le magazine Maclean's, la souveraineté s'est faite une place pendant et après le débat diffusé d'un océan à l'autre en anglais et traduit en quatre autres langues, dont le français.

Au terme du débat, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a livré une charge à fond de train contre son opposant néo-démocrate. M. Trudeau a accusé Thomas Mulcair d'être «du même bord que le mouvement souverainiste».

Il a affirmé que la position de M. Mulcair n'est pas celle qu'«on voudrait voir d'un premier ministre». M. Trudeau a répété que la Déclaration de Sherbrooke, adoptée par le NPD et qui affirme qu'un gouvernement néo-démocrate endosserait le principe voulant qu'Ottawa reconnaisse un référendum gagnant avec une majorité simple de 50 pour cent plus un, va à l'encontre de la position de la Cour Suprême du Canada.

Selon lui, M. Mulcair tient aussi un double-discours sur la question référendaire dépendant s'il s'adresse à un auditoire francophone ou anglophone.

Devant les journalistes, M. Mulcair a plutôt accusé son adversaire libéral de se mettre la tête dans le sable sur la question référendaire en n'acceptant pas de dire en quoi consiste une majorité claire, selon les libéraux.

«M. Trudeau avait une question simple à laquelle il était obligé de répondre. Il a été incapable de dire son chiffre. La Déclaration de Sherbrooke règle des problèmes qui existent depuis longtemps. On a une vision positive et constructive», a soutenu M. Mulcair.

La rumeur selon laquelle le chef conservateur Stephen Harper n'allait pas rencontrer la presse après le débat, comme le veut la tradition, s'est répandue comme une traînée de poudre au sein des membres de la presse en début de soirée.

Le directeur de campagne du premier ministre, Kory Teneycke, a dû justifier auprès de plusieurs journalistes cette décision de dernière minute. «On veut briser la tradition, tout comme la formule du débat le fait. On trouve que ça fait bizarre d'avoir un premier ministre qui analyse sa propre performance», a-t-il confié à La Presse Canadienne.

À la suite du débat, M. Teneycke a lui-même répondu aux questions des médias. «Il n'y pas de menace souverainiste actuellement. Ça ne sera pas un sujet de la campagne, croyez-moi», a-t-il soutenu suite aux échanges musclés sur la question référendaire.

Le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, n'avait pas été invité à participer au débat du Maclean's. Il a néanmoins pris part aux discussions de manière virtuelle grâce à son compte Twitter. «20h30, le mot Québec n'a pas été prononcé une seule fois!», a-t-il tweeté, quelques instants avant l'échange musclé entre les chefs sur la question de la souveraineté. Il s'est aussi permis d'interpeller les leaders du «Bloc canadien» sur la question des prestations aux familles — telles que la Prestation universelle pour la garde d'enfants (PUGE) des conservateurs — et de leur imposition.

M. Duceppe ne commentera officiellement le débat que vendredi matin en Gaspésie, mais son directeur des relations publiques ne s'est pas fait prier pour le faire dès la fin des hostilités. «De voir quatre chefs canadiens débattre sur la question de la souveraineté, ça montre que notre idée est toujours bien vivante», a indiqué Dominic Vallières, lors d'un bref entretien avec La Presse Canadienne.

Même Elizabeth May, chef du Parti Vert, a commenté la question nationale québécoise au terme du débat. «Nous soutenons le droit à l'auto-détermination du Québec, mais je ne veux pas en faire un sujet de cette campagne», a-t-elle dit, avec fermeté.

Elizabeth May s'est dite satisfaite de sa performance, alors qu'elle dit avoir été en mesure de mettre à l'avant-plan certains dossiers ignorés par les autres formations politiques. Elle s'est dite inquiète de l'incertitude entourant la tenue de futurs débats. «J'espère que nous pourrons avoir d'autres débats pendant la campagne et que M. Mulcair va accepter de participer au débat du consortium des médias», a-t-elle soutenu.

Toronto dans la mire

Le débat de jeudi soir se déroulait en plein coeur de Toronto, une région courtisée comme jamais par les partis politiques fédéraux. Quinze nouvelles circonscriptions ont vu le jour en Ontario depuis le dernier scrutin, dont la majorité dans le Grand Toronto.

Bon nombre de citoyens des banlieues de Toronto n'ont pas le français ou l'anglais comme langue maternelle. Le débat de Maclean's étant diffusé et traduit en mandarin, cantonais, italien et punjabi, les chefs avaient une occasion unique d'interpeller des clientèles parfois difficiles à rejoindre.

Le terrain de bataille de l'Ontario est aussi le théâtre d'échanges musclés entre le premier ministre sortant Stephen Harper et la première ministre ontarienne Kathleen Wynne.

Étienne Fortin-Gauthier, La Presse Canadienne