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06/08/2015 20:58 EDT | Actualisé 06/08/2016 01:12 EDT

Débat des chefs: Harper est attaqué de toutes parts

OTTAWA — Comme prévu, le chef conservateur Stephen Harper est la cible des attaques concertées de ses trois rivaux, jeudi, lors du premier débat des chefs de la campagne électorale fédérale.

Le premier segment de la joute oratoire organisée par le magazine Maclean's était consacré à l'économie, et tour à tour, les opposants du premier ministre sortant l'ont accusé d'avoir échoué à ce chapitre.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, semblait se frotter les mains après avoir amené Stephen Harper à reconnaître que l'économie canadienne traversait une période difficile.

«Vous tentez de nier le fait qu'au cours des cinq derniers mois (...), l'économie canadienne s'est contractée. Nous sommes à un mois d'une récession technique, mais selon plusieurs observateurs, nous sommes déjà en récession», a-t-il lancé à l'intention du chef conservateur.

«M. Mulcair, je ne nie pas cela», a rétorqué son interlocuteur. Le chef néo-démocrate a interprété ces propos comme un aveu, de la part de M. Harper, que le Canada était en récession.

Le chef conservateur a cependant poursuivi en affirmant que «cette contraction est exclusivement dans le secteur de l'énergie». «Le reste de l'économie est en croissance. On prévoit qu'elle croîtra cette année et dans les années suivantes», a-t-il poursuivi.

À leurs côtés, le chef libéral Justin Trudeau s'est montré combatif, interrompant ses adversaires à plusieurs reprises, accusant M. Harper d'être «déconnecté de la réalité des Canadiens» et d'avoir échoué à assurer la prospérité de la classe moyenne au pays.

«Il ne ressent peut-être pas cela depuis le 24 Sussex (l'adresse de la résidence du premier ministre du Canada), mais je sais que vous le ressentez à la maison», a raillé M. Trudeau.

Aux attaques concertées sur l'économie, M. Harper a notamment répliqué que sous son gouvernement, 1,3 million de nouveaux emplois avaient été créés depuis la crise financière et que le budget fédéral déposé en avril dernier était équilibré.

Le premier débat des chefs de la campagne se tient au cinquième jour d'une campagne qui doit en durer 78, à une période de l'année où bon nombre de Canadiens ont davantage la tête aux vacances qu'à la politique.

Animé par le journaliste Paul Wells, il est diffusé sur les chaînes télévisées City TV, Omni et CPAC ainsi que sur Internet, notamment sur le site du magazine Macleans, et doit prendre fin à 22 h. Il sera suivi d'un point de presse des chefs.

Stephen Harper et Elizabeth May avaient déjà croisé le fer en débat électoral, mais les deux autres chefs, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, en sont à leur première expérience.

Mardi, le porte-parole du Parti conservateur, Kory Teneycke, s'était moqué du chef libéral en disant croire que les attentes envers celui-ci étaient «probablement les plus basses pour un chef en vue d'un débat».

«Je crois que s'il se présente sur scène avec ses pantalons, il aura probablement déjà dépassé les attentes», avait-il raillé en entrevue lors d'un arrêt de campagne dans à Toronto.

Le chef du NPD, pour sa part, s'est fait les dents lors des périodes de questions à la Chambre des communes, surtout dans le dossier du scandale des dépenses au Sénat. L'avocat de formation a cuisiné son adversaire conservateur dans un style qui a été comparé à celui d'un procureur.

Ce débat anglophone était le premier de la campagne électorale fédérale, qui est en branle depuis le 2 août, alors que le premier ministre sortant Stephen Harper a demandé au gouverneur général David Johnston de dissoudre le Parlement.

La seule autre joute oratoire qui semble coulée dans le béton est le face-à-face de TVA, auquel le chef bloquiste Gilles Duceppe participera, et qui aura lieu dans près de deux mois, soit le 2 octobre.

Le NPD a annoncé il y a quelques jours que M. Mulcair ne participerait à aucun débat qui n'impliquerait pas son rival conservateur, ce qui pourrait enfoncer le dernier clou dans le cercueil du débat du consortium des médias, les conservateurs ayant déjà signalé que leur chef n’y serait pas.

«Je ne vois pas l'intérêt que j’aurais à participer à un débat où M. Harper est absent», a tranché mercredi le chef néo-démocrate en entrevue à la radio de Radio-Canada.

Mais «j'ai pas décidé que je n'assisterais pas au débat du consortium, et j'incite toujours M. Harper à accepter», a insisté Thomas Mulcair, plaidant que la tenue d'un nombre égal de débats en français et en anglais représentait pour lui une «condition sine qua none».

Il a suggéré au cours de la même entrevue qu'il pourrait se retirer des deux autres débats auxquels le NPD avait consenti de participer «en principe» — ceux du Globe and Mail et de Munk Debates — si l'équité linguistique n’était pas respectée.

Mélanie Marquis, La Presse Canadienne