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07/08/2015 00:45 EDT | Actualisé 06/08/2016 01:12 EDT

Colombie: les guérilleros emprisonnés espèrent une amnistie en cas de paix

Si la Colombie signe la paix avec la guérilla des Farc, il devra y avoir "une amnistie" pour les guérilleros emprisonnés, estiment, dans un rare entretien avec l'AFP, des combattants détenus depuis plus d'une décennie dans des prisons colombiennes.

Diego Restrepo et Luis Marulanda, derrière les barreaux pour rébellion, croient en "un pardon et un oubli", au "bénéfice de tous", à l'issue des négociations de paix menées depuis fin 2012 à Cuba entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les hauts responsables des Farc.

"Pour nous, il doit y avoir une amnistie, une grâce", affirme à l'AFP Restrepo, 42 ans, interrogé dans la prison de La Picota, à Bogota, où sont détenus guérilleros de gauche et ex-paramilitaires d'extrême-droite mais également des politiques liés à des groupes armés et des narcotrafiquants.

Restrepo, alias "Mateo Ramirez", membre du Front 25 du Bloc oriental des Forces armées révolutionnaires de la Colombie (Farc), a intégré la plus vieille guérilla d'Amérique latine en 1994 et a été fait prisonnier en 2002, lors d'une embuscade dans la province de Arauca (est). Ses peines cumulées s'élèvent à 38 ans de prison, deux de moins que le maximum autorisé en Colombie.

Son compagnon Marulanda, "César", 44 ans, a également intégré les Farc en 1994, mais dans le nord-ouest du pays, au sein du Front 57: "Je crois que s'il y a un processus de paix, il doit y avoir un pardon et un oubli dans tous les (aspects du) processus".

Pour Marulanda, envoyer les commandants de la guérilla en prison équivaudrait à "les diaboliser" et à les priver de rôle politique au moment où ils seront les plus nécessaires.

- Quelque 3.300 détenus -

"Ce sont les leaders, ce sont nos chefs, ce sont ceux dont il y a vraiment besoin au cours de ce processus qui commence à peine (quand) un pays signe la paix", soutient-il, soulignant combien ils connaissent "le pays et le problème historique de la société colombienne".

Pour ce combattant capturé en 2001 lors d'un assaut contre un commissariat et qui a fréquenté plusieurs prisons où étaient détenus des militants d'extrême-droite, les "erreurs" commises en plus d'un demi-siècle de conflit ne sont pas l'apanage des Farc.

"Tous, à commencer par les unités de l'Etat colombien, nous avons commis des erreurs", indique-t-il. "Si les Forces militaires ne vont pas être condamnées, nous non plus nous ne pouvons pas être condamnés, ni nos chefs".

D'après un rapport des autorités pénitentiaires cité par la presse locale, quelque 3.300 personnes sont détenues dans 142 prisons en Colombie pour des faits de rébellion.

Les autorités estiment que les Farc disposent actuellement de 8.000 combattants.

Restrepo comme Marulanda, qui ont rejoint la guérilla déjà adultes, en accord avec l'idéologie marxiste et conscients des risques encourus, y compris celui d'être faits prisonniers, rejettent l'éventualité d'une "justice transitionnelle" qui enverrait leurs camarades derrière les barreaux pour un temps négocié.

"Pour parvenir à une réconciliation et à une reconstruction après 52 ans de confrontation, il faut envisager" qu'il y a d'autres options "que les barreaux" pour détenir les gens, faisant référence à des peines alternatives, comme la résidence surveillée, ou la détention dans des fermes.

"Nous n'avons aucun problème" avec ces options, souligne-t-il, convaincu que "les accords (de La Havane) sont au bénéfice de tous".

Restrepo, qui affirme voir étudié les processus de paix de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et des indépendantistes basques de l'ETA, ainsi que "les agressions contre la Palestine", est confiant dans "la paix durable" dont accoucheront les négociations à Cuba.

"Quand (les commandants) parlent, c'est comme quand un père commence à parler et alors, nous commençont à compprendre ce qu'il se passe dans la maison", ajoute-t-il.

Marulanda, qui à l'instar de son compagnon n'écarte pas l'éventualité de se lancer en politique, renchérit: "Nos dirigeants sont ceux qui décident quel chemin nous devons réellement suivre".

Les délégués des Farc à Cuba ont appelé en mai à réviser le situation "des personnes privées de liberté, poursuivies ou condamnées pour appartenir ou collaborer avec les Farc". Mais aucune réaction officielle n'a été faite à ce jour.

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