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07/08/2015 04:51 EDT | Actualisé 07/08/2016 01:12 EDT

Chypre exhume son passé, et avec lui 19 militaires grecs et un avion

Le soleil n'était pas encore levé ce 22 juillet 1974 lorsqu'un avion militaire grec en mission secrète pour soutenir les chypriotes grecs face à l'invasion turque, s'écrasait avec des dizaines de passagers, victime de tirs amis.

Pendant 40 ans, les familles de 19 de ces soldats grecs n'ont pas su ce qu'il était advenu des corps.

Mais des travaux viennent de démarrer dans un cimetière militaire de Nicosie pour retrouver ces restes, qui auraient été enterrés à la hâte avec le fuselage de l'avion pour cacher cet embarrassant accident, relégué aux oubliettes de l'histoire.

"Sur ordre de l'armée, il a été enterré... c'était embarrassant" car les Chypriotes grecs avaient abattu des compagnons d'armes grecs, explique l'avocat Achilleas Demetriades, spécialisé dans les droits de l'Homme.

"Il est inacceptable qu'il ait fallu si longtemps pour creuser un lieu d'inhumation connu, afin de remettre les restes aux proches", poursuit-il, tout en félicitant le gouvernement d'avoir eu le courage de lancer le chantier.

De fait, le gouvernement chypriote ne s'est résolu à exhumer l'équipage disparu qu'en février 2014, sur demande de la Cour européenne des droits de l'Homme, saisie par la famille de deux des officiers grecs ayant péri dans l'accident.

Le Noratlas participait à une opération nommée Niki (victoire), par laquelle Athènes a envoyé un bataillon des forces spéciales pour aider la Garde nationale chypriote grecque à faire face à une armée turque bien mieux entraînée et équipée.

L'armée turque avait débarqué deux jours plus tôt, en réaction à un coup d'Etat de nationalistes chypriotes grecs visant à rattacher Chypre à la Grèce. Depuis cette invasion, l'île est restée divisée entre le sud chypriote-grec et le nord occupé par la Turquie.

Ce jour de juillet 1974, treize avions quittent la Crète pour Chypre où ils atterrissent tous feux éteints, à basse altitude, en ayant pris soin de couper tous les systèmes de communication, afin de déjouer la surveillance turque.

Mais les forces chypriotes-grecques confondent l'un d'eux, le Noratlas, avec un bombardier turc et font feu aux environs de 03h00 du matin.

Il s'écrase non loin de ce qui était alors l'aéroport de Nicosie. Le lieu de l'accident est depuis devenu le cimetière militaire de Makedonitissa.

- Enterrer les morts -

Après des recherches vaines dans un cimetière voisin, des études préliminaires ont permis de retrouver un morceau -- d'une taille de 50 cm -- du Noratlas sur le site de Makedonitissa, dans la banlieue de Nicosie.

Ironiquement, la pièce reposait sous un monument aux morts érigé en mémoire des victimes de l'invasion turque.

"Les premières indications montrent que l'avion se trouve ici", a déclaré à la presse le commissaire chypriote en charge des droits de l'Homme, Fotis Fotiou, précisant que des experts étrangers étaient attendus la semaine prochaine pour sonder la zone afin de décider comment organiser les excavations.

Les travaux nécessitent des précautions, car l'avion transportait des explosifs et des armes.

Les autorités estiment que les fouilles devraient être achevées d'ici novembre.

"Notre but est de trouver le fuselage et les dépouilles de ces hommes. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les trouver et les ramener chez eux avec l'honneur qui leur est dû", a assuré Mr Fotiou.

Selon Me Demetriades, "le gouvernement doit maintenant avoir le courage de demander pardon aux familles", qui n'ont pu enterrer leur proche dignement.

"Les proches savaient que l'avion s'était écrasé et que les militaires étaient morts, (...) mais ils ont aussi le droit d'enterrer leur mort comme ils le souhaitent", a-t-il souligné.

Sur les 32 passagers du Noratlas, seul un a miraculeusement survécu en sautant de l'avion en feu, peu avant qu'il ne s'écrase.

Des restes ont été rendues à leur famille en 1979, mais jusque là, seulement 12 victimes ont été correctement identifiées grâce à leur ADN et 19 sont encore sous terre.

La décision d'exhumer le Noratalas et son équipage fantôme a été salué par la Grèce et les familles.

Lors d'une cérémonie le mois dernier pour lancer les opérations de recherches, l'ambassadeur grec Elias Fotopoulos a rappelé que "ces hommes courageux, venus combattre pour Chypre, ont injustement perdu la vie, comme tant d'autres en 1974".

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