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07/08/2015 00:15 EDT | Actualisé 06/08/2016 01:12 EDT

Avec les enfants des rues à Kinshasa : une aventure familiale franco-congolaise

Passer trois ans dans un quartier populaire de Kinshasa pour assurer la bonne marche de leur association d'aide aux enfants de la rue : cette aventure qui leur tenait à coeur, Richard et Marie-Ange Bampeta ont décidé de la vivre en famille.

Les enfants ont dû s'adapter à un "environnement très sale", se rappelle Mme Bampeta, dans la salle à manger en parpaings apparents de leur maison à Masina, dans le sud-ouest de la capitale de la République démocratique du Congo.

Cette éducatrice spécialisée, directrice d'une maison des Apprentis d'Auteuil, fondation française oeuvrant à la protection de l'enfance, est arrivée pour la rentrée scolaire de 2013 avec ses cinq enfants âgés alors de dix mois à neuf ans et demi.

Son mari les avait précédés pour "construire quelque chose qui ressemblerait à une maison" sur une parcelle acquise plus tôt.

Les Bampeta ne sont pas venus au Congo par hasard. Si la mère et les enfants sont nés en France, le père, désormais français, est né congolais et raconte s'être "occupé des enfants dits de la rue, abandonnés, tout de suite après [son] bac".

Âgés de 44 et 47 ans, sa femme et lui se sont rencontrés au contact de ces enfants en 2000 à Kinshasa, où Marie-Ange agissait pour le compte de la Délégation catholique pour la coopération (DCC). Le pays vivait alors les années noires de la deuxième guerre du Congo (1998-2003).

Indésirable, M. Bampeta doit quitter sa patrie pour sa sécurité.

Il se marient en 2002 au Congo-Brazzaville voisin, sont séparés un temps, puis réunis en 2003 : le couple s'installe alors en région parisienne et travaille pour les Apprentis d'Auteuil. En 2004, il crée l'association "Jeunes au soleil" (JOS) pour venir en aide à ces enfants des rues qui seraient 20.000 à Kinshasa, mégapole pauvre de dix millions d'habitants.

Deux ans plus tard, ils achètent une maison capable d'accueillir pour la nuit des enfants errant sur un marché de Masina, qui n'ont pratiquement pour seul horizon que la prostitution (pour les filles), la drogue (pour les garçons, surtout), la violence (pour tous) et la quête de menus travaux pour survivre.

- 'Bouffée d'oxygène' -

Mais "la gestion à distance, c'est un peu compliqué", et les moyens envoyés de France sont détournés, explique M. Bampeta. Un constat s'impose : il faut s'installer sur place ou abandonner.

En même temps, "on a senti que les enfants ne voulaient plus rester dans la rue", mais plutôt au centre, et pas seulement la nuit, raconte M. Bampeta, ce qui suppose de changer d'échelle car il faut des fonds pour "une prise en charge totale, santé, scolarité, nourriture..."

Sa femme et lui décident de franchir le pas. Être à Kinshasa leur permet de décrocher un premier financement auprès d'un des nombreux bailleurs internationaux présents en RDC. Un soulagement, mais ces lignes budgétaires n'ont qu'un temps et il faut sans cesse chercher un nouveau donateur.

"Notre arrivée ici, c'était une bouffée d'oxygène pour les enfants" de JOS "mais pour nous, c'était chaud !", résume M. Bampeta.

La maison familiale qu'il a construite avec l'aide d'un maçon n'a pas de véritable toit et l'installation de la famille coïncide avec le début de la saison des pluies. Après quelques inondations, des "amis sympas" les ont aidés à "tôler" le toit en décembre 2013, raconte Mme Bampeta.

Il faut aussi s'habituer à n'avoir de l'électricité qu'un jour sur deux, dans le meilleur des cas.

La cuisine est faite comme tout le monde, au "makala" (charbon de bois), et la famille se débrouille avec un budget serré qui interdit de sortir du pays.

"Sans être riches en Europe, on a toujours eu ce qu'il fallait", dit Mme Bampeta. "Compter mes billets de 500 francs [congolais, NDLR : 0,5 euro] pour savoir si je vais avoir de quoi acheter du chocolat en poudre pour les enfants ou de l'essence pour aller à l'école, c'est dur, même si ici, c'est la vie quotidienne..."

- 'Position privilégiée' -

Au centre JOS de Masina, les visiteurs sont accueillis par un spectacle mêlant musique, danse, théâtre et poésie.

Les 30 enfants de cinq à 17 ans hébergés ici ont fui la violence familiale ou ont été chassés, parfois accusés d'être des "enfants sorciers" responsables d'un décès, par exemple.

L'association les aide à se reconstruire et cherche une "réunification" avec leurs familles. Trente-quatre ont pu retourner chez eux en 2014 et 15 depuis janvier.

Après bientôt deux ans passés à Kinshasa, M. et Mme Bampeta, doivent penser au retour en France s'ils veulent retrouver leur emploi. Mais ils réfléchissent à rester quelques années de plus pour faire tourner l'association et former la relève.

"Je me sens bien ici", dit Clotilde, leur fille aînée, même s'il pleut trop à son goût et qu'"on ne peut pas voir la neige".

Arrivés français, les enfants ont découvert de nouveaux cousins et appris à connaître ce Congo qu'ils portent en eux.

Face à la pauvreté ambiante, "ils comprennent qu'ils sont dans une position privilégiée" et apprennent "la loi de l'effort" et le "sens du partage", dit M. Bampeta.

"Adultes", ajoute sa femme, "ils feront le choix de vivre où ils veulent. Ce qu'ils auront vécu pendant leur enfance leur servira d'une manière ou d'une autre".

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