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31/07/2015 00:45 EDT | Actualisé 30/07/2016 01:12 EDT

Venezuela : gouvernement cherche devises désespérément

Etranglé par le manque de devises dû à la baisse de ses revenus pétroliers, le Venezuela cherche de l'argent frais désespérément, quitte à concéder des rabais faramineux à ses clients et à mettre en gage ses bijoux de famille, comme ses réserves en or.

Au cours des derniers mois, le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro a accordé des réductions de dettes portant sur des milliards de dollars en échange du versement immédiat et en cash du solde restant dû.

Le pays assis sur les plus importantes réserves de pétrole au monde mais enlisé dans une crise économique aiguë a ainsi effacé 2 milliards de dollars de dette pétrolière due par la Jamaïque, 1,5 milliard dû par la République dominicaine et accordé un rabais de 38% sur les 400 millions de dollars dus par la compagnie pétrolière uruguayenne Ancap (publique).

En outre, les autorités ont mis en gage 1,5 milliard de dollars de ses réserves en or, émis des obligations et négocié des prêts de 2,5 milliards via Citgo, la filiale de raffinage aux Etats-Unis de la compagnie pétrolière publique PDVSA, première source de financement du Venezuela.

"Ca ressemble à un suicide, le gouvernement de Maduro est tout simplement en train de dilapider les actifs pour parvenir à 2016, sans aucun plan d'ajustement économique", estime pour l'AFP l'économiste Orlando Ochoa, qui évoque en outre "des transactions assez opaques avec des actifs pétroliers".

Après des mois de tergiversations, le gouvernement a finalement fixé au 6 décembre les prochaines élections législatives dans le pays, pour lesquelles l'opposition part très largement favorite, une première depuis l'avènement du "chavisme" (du nom du défunt président Hugo Chavez), fin 1998.

Malgré une situation économique désastreuse - inflation de plus de 100%, pénuries de biens, médicaments et aliments, déficits abyssaux et récession (-7% cette année selon le FMI) -, le gouvernement se refuse à prendre la moindre mesure de réduction des dépenses, forcément impopulaire, tétanisé par le prochain scrutin.

- La Chine en renfort -

"Mais en 2016, il n'y aura plus rien à vendre hormis Citgo", avertit M. Ochoa, qui rappelle que le Venezuela a déjà cédé cette année la raffinerie Chalmette, aux Etats-Unis, dont PDVSA et Exxon Mobil partageait le capital et dont la vente rapportera 330 millions de dollars à chacun.

Ces cessions hâtives d'actifs et ces placements de titres de dettes s'assortissent d'une réduction drastique des importations (-50% entre 2013 et 2015), tandis que le gouvernement doit des milliards à ses fournisseurs étrangers de biens et services, comme les compagnies aériennes.

Et en ce temps d'effondrement des cours du brut, les revenus pétroliers ont été essentiellement consacrés à honorer les obligations du pays vis-à-vis de ses créanciers internationaux, une priorité constante du chavisme.

Selon des instituts privés, le Venezuela doit ainsi rembourser 6 milliards de dollars de dettes et intérêts en 2015.

Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet Ecoanalitica, souligne qu'avec un baril à 47 dollars en 2015, il manquera 23 milliards au Venezuela pour équilibrer sa balance des paiements.

La chute du brut a privé le pays, qui tire quasiment l'intégralité de ses devises de ses exportations pétrolières, de 50% de ses ressources.

A ce jour, le baril vénézuélien se négocie environ 50 dollars, alors que les réserves internationales de devises s'établissent à 15,391 milliards de dollars, 25% de moins que l'an dernier.

En 2015, le gouvernement n'a pu se procurer que "8 milliards de dollars entre Citgo, les dettes (recouvrées) de Petrocaribe (alliance pétrolière entre le Venezuela et des pays des Caraïbes, NDLR) et l'hypothèque sur l'or", affirme M. Oliveros.

"Ce qu'il manque pourrait provenir de prêts bilatéraux avec la Chine - à qui le Venezuela vend du pétrole à terme et doit déjà des dizaines de milliards de dollars - et de nouvelles réductions des importations, ce qui aggraverait encore les pénuries et l'inflation", explique-t-il.

Pour lui, le pays va devoir "négocier avec ses partenaires pétroliers pour vendre des participations dans les entreprises de la frange de l'Orénoque (où se trouvent les plus grosse réserves au monde), pour améliorer le contexte économique pour le secteur privé".

Mais aussi continuer à gager son or et demander de l'argent à la Chine.

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