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31/07/2015 12:20 EDT | Actualisé 31/07/2016 01:12 EDT

Turquie: Selahattin Demirtas, opposant et cible numéro un du président Erdogan

Surnommé le "Obama kurde" par ses partisans en Turquie, le jeune leader prokurde Selahattin Demirtas est depuis son récent succès électoral une cible prioritaire du pouvoir islamo-conservateur, qui exploite sa relation parfois ambiguë avec la guérilla meurtrière du PKK.

Dirigeant charismatique du Parti démocratique du peuple (HDP), M. Demirtas est devenu à 42 ans l'opposant numéro un de l'autoritaire président Recep Tayyip Erdogan, qu'il n'hésite pas à provoquer publiquement et frontalement en s'interrogeant par exemple sur sa santé mentale.

Avocat de formation, ses dons d'orateur sont unanimement reconnus et lui assurent une large couverture médiatique face à d'autres leaders de l'opposition nettement plus effacés. M. Erdogan l'a tour à tour traité, avec un mépris non dissimulé, d'"infidèle", de "beau gosse" ou de "pop star"...

M. Demirtas est désormais visé par une enquête judiciaire pour "troubles à l'ordre public" et "incitation à la violence" sur des faits remontant à octobre 2014. Il est accusé d'avoir encouragé des manifestations de soutien aux Kurdes de Syrie alors aux prises avec les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Au moins 35 personnes étaient mortes dans des affrontements avec la police.

Le leader du HDP a répliqué en cosignant vendredi de son nom une plainte déposé par son parti contre le président turc, accusé d'avoir "fait pression sur la justice".

Comme son modèle américain Barack Obama, M. Demirtas s'est construit une image de père de famille exemplaire, menant une vie simple aux côtés de son épouse institutrice et de ses deux filles, loin des goûts fastueux prêtés à M. Erdogan.

Pour M. Demirtas, le président turc n'a de cesse de vouloir "punir" son parti pour son score inattendu aux législatives du 7 juin. Avec 13% des voix et 80 députés, sa progression explique largement la contre-performance du parti au pouvoir AKP, privé de la majorité absolue pour la première fois depuis 2002.

Un affront dont M. Erdogan ne se serait pas remis et qui expliquerait à lui seul le déclenchement de la "guerre contre le terrorisme" lancée simultanément contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'EI.

"Cette guerre n'est pas destinée à protéger notre pays mais à protéger le palais", a assuré jeudi M. Demirtas à l'AFP.

- Lettre ouverte -

Selon lui, l'unique objectif du président est de "déstabiliser" le pays dans l'espoir de créer un réflexe légitimiste en cas de législatives anticipées.

Car la Turquie est toujours en quête d'un gouvernement, l'AKP étant chargé d'expédier les affaires courantes dans l'attente d'un hypothétique accord de coalition. Mais les discussions entamées avec le parti social-démocrate CHP piétinent, et la presse table déjà sur un nouveau scrutin en novembre.

Reconnu comme un adversaire de premier plan, M. Demirtas reste malgré tout sur la défensive au sujet du PKK, classé comme organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Il s'est montré réticent à condamner les dernières attaques de la guérilla kurde en assurant qu'il était impossible de mettre sur le même plan le PKK et l'EI comme le fait Ankara.

Il est aussi régulièrement mis en cause pour l'engagement de son frère Nurettin qui a rejoint l'état-major de la rébellion dans les montagnes du nord de l'Irak. Le leader kurde répond qu'il n'a pas de nouvelles de ce frère depuis des années et que "le HDP n'est pas la branche politique du PKK", comme l'en accuse le pouvoir.

Vendredi, le journal à grand tirage Hurriyet, considéré comme modéré, adressait une "lettre ouverte" à M. Demirtas lui enjoignant de lever tout ambiguïté.

"Cher Demirtas, écrit le journal, sois celui qui a le courage de faire le premier pas. Tourne-toi vers la montagne et crie. Dis-leur: +vous ne pouvez pas défendre mes droits en versant le sang+ (...) Tant que n'auras pas montré autant de détermination avec ceux de la montagne qu'avec Erdogan, ton étoile pâlira".

bur-phv/sjw/amd