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31/07/2015 16:10 EDT | Actualisé 31/07/2016 01:12 EDT

Nouvelles tueries dans le nord-est du Nigeria, plus de cent islamistes tués selon l'armée tchadienne

Au moins seize personnes sont mortes dans le nord-est du Nigeria dans de nouvelles tueries attribuées à Boko Haram, dont une centaine de combattants, selon l'armée tchadienne, ont péri ces 15 derniers jours dans des combats sur le lac Tchad.

Les pays de la région, confrontés à une résurgence des attaques et attentats-suicides du groupe islamiste nigérian ces dernières semaines, accélèrent la mise en place d'une force régionale de plus de 8.000 hommes censée éradiquer la menace.

Le général nigérian Iliya Abbah, nommé jeudi pour diriger cette Force d'intervention conjointe multinationale (MNJTF), a été officiellement installé vendredi.

Le président nigérian Muhammadu Buhari, qui a reçu vendredi à Abuja le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohammed Ibn Chambas, lui a affirmé que cette nouvelle force régionale allait permettre "la rapide défaite et l'élimination de Boko Haram", selon un communiqué de la présidence.

MM. Buhari et Abbah ont tous deux assuré que cette force militaire, à laquelle prendront part le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin, sera mise en place de façon imminente.

L'armée tchadienne, en pointe des efforts militaires dans la région contre Boko Haram, avait lancé sans attendre, il y a deux semaines, une offensive contre les combattants islamistes sur des îles du lac Tchad. Vendredi, elle a annoncé avoir tué "117 terroristes" et perdu deux soldats dans les combats.

Courant juillet, "des membres de Boko Haram venant du Nigeria se sont emparés de dix villages (tchadiens) dont le mien", a raconté à l'AFP Alayi Wari, un habitant de Fitinewa, village de l'Ouest tchadien, réfugié au Nigeria. Depuis deux semaines, "les troupes tchadiennes mènent une offensive pour reprendre le contrôle (...). Pour l'instant ils ont réussi à reprendre sept villages mais Musaram, Ngilewa et Bularidi sont toujours sous le contrôle de Boko Haram".

La région du lac Tchad, dédale de centaines d'îlots et chenaux cachés entre les hautes herbes, sert de repaire aux combattants islamistes qui viennent s'y dissimuler et rafler bétail et récoltes.

"Ces villages sont presque déserts. Les gens ont fui en grand nombre quand Boko Haram s'est emparé des villages, et ceux qui étaient restés sont partis quand les combats ont commencé", selon Bullu Dagi, qui a fui vers le Nigeria lui aussi. "Même si la plupart des villages ont été repris (par l'armée), les habitants ont peur d'y retourner".

- Nouvelle kamikaze à Maiduguri -

Au Nigeria, où les attaques islamistes ont fait plus de 800 morts en deux mois, une kamikaze s'est fait exploser vendredi sur un marché de Maiduguri, la plus grande ville du Nord-Est, tuant six personnes et en blessant huit.

"La femme est arrivée à bord d'un tricycle taxi, comme toutes les commerçantes font habituellement. Elle s'est fait exploser dès que son tricycle motorisé s'est arrêté au milieu d'autres qui laissaient descendre les commerçants", selon Babakura Kolo, un milicien combattant Boko Haram aux côtés de l'armée nigériane.

Par ailleurs, au moins dix personnes ont péri mercredi dans une attaque de représailles menée par Boko Haram contre les habitants de Kukuwa-Gari, un village de l'Etat de Yobe (nord-est).

Boko Haram a "attaqué le village avec 32 motos (...) et ils ont tué dix personnes, dont deux femmes", a déclaré vendredi Baba Nuhu, un responsable local, évoquant des "représailles" deux jours après que les habitant eurent lynché à mort deux islamistes présumés.

Depuis 2009, l'insurrection de Boko Haram a fait plus de 15.000 morts au Nigeria. Elle s'est étendue depuis plusieurs mois au Tchad et au Cameroun voisins, touchés également par des attentats-suicides meurtriers inédits sur leur sol, généralement commis par des femmes.

Jeudi, un adolescent de 15 ans a été arrêté en possession d'explosifs à Maroua, capitale de la région de l'Extrême-Nord du Cameroun récemment endeuillée par des kamikazes.

Le ton s'est durci au Cameroun à cause de la menace : jeudi toujours, plus de 2.000 ressortissants nigérians en situation irrégulière ont été expulsés de Kousseri vers leur pays d'origine, dans le cadre des nouvelles mesures sécuritaires visant à prévenir le risque d'attentats-suicides, selon un média local et une source proche des autorités régionales.

La plupart étaient des "Nigérians ayant fui les exactions de Boko Haram", a précisé le responsable d'une ONG locale, Mey Aly.

Le poste-frontière camerounais de Kousseri occupe une position stratégique, un simple pont le séparant de la capitale tchadienne N'Djamena, également frappée deux fois par des attentats-suicides depuis juin.

Et vendredi, environ 300 élèves des écoles coraniques de Maroua ont été renvoyés dans leurs villages, leur encadrement redoutant que des insurgés réussissent à les approcher et tentent de les utiliser comme kamikazes, a indiqué une source proche des autorités locales.

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